‹ Les moralistes latinsChapitre 49 sur 253 · CONTENTEMENT · texte numérisé non relu

CONTENTEMENT

Je pourrais dire que l'on n'est point pauvre quand on ne veut pas le superflu et qu'on peut avoir le nécessaire, qui se réduit naturellement à peu de chose.

Le plus riche sera celui qui aura le moins de désirs, car on aura autant qu'on voudra quand on voudra le moins possible. Aussi convient-il d'estimer les richesses d'un homme, non d'après ses propriétés et ses revenus, mais d'après son esprit. Si c'est l'avarice qui fait naître ses besoins, si sa cupidité est insatiable, des montagnes d'or ne pourront l'assouvir; il mendiera toujours pour ajouter à ce qu'il possède. Or, c'est là le véritable caractère de la pauvreté, car tout désir d'acquérir vient de l'idée d'un besoin, quel que soit, d'ailleurs, le degré d'importance de ce besoin. Philus n'avait pas autant de patrimoine que Lélius, Lélius que Scipion, Scipion que le riche Crassus, et le riche Crassus n'avait pas autant de biens qu'il en voulait. Au-dessus de tous par son opulence, il était lui-même surpassé par sa cupidité. Il paraissait riche aux autres plutôt qu'à lui-même. Tout au contraire, les philosophes ne désirant rien au delà de ce qui est possible et proportionnant leurs désirs à leurs moyens, peuvent être appelés à juste titre riches et heureux. On est pauvre quand on désire quelque chose, puisqu'un désir est un besoin ; on est riche quand on n'éprouve pas de besoin, puisque alors on est satisfait ; en un mot, le désir est la marque de l'indigence , la satiété est la marque de la richesse. (Apulée, Apologie)

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