‹ Les moralistes latinsChapitre 7 sur 253 · AMI · texte numérisé non relu

AMI

Q. Ennius, dans sa septième annale, raconte l'histoire de Géminus Servilius, homme de noble naissance, et nous enseigne, avec esprit et bon sens, quel esprit,

quelle politesse, quelle modestie, quelle fidélité, quelle réserve, quel à-propos, quelle connaissance des antiquités et des mœurs anciennes et nouvelles, quel scrupule à garder un secret, quelles précautions pour écarter les incommodités de la vie, quel art d'alléger la douleur et le regret, il faut apporter dans les relations d'amitié avec un homme élevé au- dessus de nous par la naissance et la fortune. Ces vers méritent d'occuper notre esprit aussi assidûment, à mon. avis, que les prescriptions de la philosophie sur nos devoirs. Ces vers, d'ailleurs, sont teints d'une telle couleur d'antiquité, respirent une douceur si peu ordinaire et si loin de toute affectation, qu'il faut, si je ne me trompe, les garder, les retenir, les révéler comme les saintes et antiques lois de l'amitié. Je me hâte de les citer, pour satisfaire l'impatience du lecteur :

« A ces mots, il appelle auprès de lui un homme avec lequel il s'était plu bien souvent à partager sa table lorsqu'il était fatigué des travaux de la journée, et à causer avec abandon des affaires de l'État, des agitations du forum et des délibérations du sénat ; homme devant qui il traitait avec confiance les sujets grands, petits et badins, mêlant la malice à la bonté, comme il lui plaisait, et ne redoutant pas d'indiscrétion ; avec qui il goûtait une joie bien vive dans le tête-à-tète ou autrement; esprit où ne s'élevait pas même une pensée criminelle ; léger, mais non méchant; instruit, fidèle, doux, éloquent, satisfait de son état, heureux, plein de sens, parlant à propos, d'humeur commode, économe de parler, sachant beaucoup de ces choses que le temps a vieillies ou enterrées, connaissant les mœurs du jour et celles

du vieux temps, instruit des lois anciennes, divines et humaines ; enfin, pouvant beaucoup dire et taire beaucoup. Tel est Thomme à qui Servilius s'adresse au milieu des combats... » (Aulu-Gelle, Nuits attiques, xii, 4)

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