‹ Les moralistes latinsChapitre 92 sur 253 · ÊTRE AIMÉ (REGRET D'UN · texte numérisé non relu

ÊTRE AIMÉ (REGRET D'UN

Barbares, qui établissez des distinctions dans les larmes et des degrés dans la douleur ! Il est affreux pour un père de livrer aux flammes sa naissante postérité, ses fils (injuste destinée !) qui s'élevaient après lui ; il est cruel de pleurer la place, restée vide, d'une épouse dont la mort laisse le lit nuptial solitaire. Tristes sont aussi les lamentations d'une sœur et les gémissements d'un père. Mais souvent une blessure plus légère est aussi plus aiguë, plus sensible, et pénètre plus avant que les plus dangereuses plaies. C'est un esclave que tu pleures, Ursus; oui, car l'aveugle main de la fortune mêle ainsi toutes choses, sans connaître nos cœurs; mais un esclave sensible, aimant et fidèle, qui n'était pas indigne de ces larmes, et dont la noblesse, bien supérieure à celle des titres, relevait du fond même de l'âme. N'étouffe point tes sanglots, n'en rougis point, lâche la bride à ta douleur; et, puisque les dieux s'en font un cruel plaisir, eh bien, tu pleures un homme (hélas ! j'attise un brasiers), tu pleures un homme tout dévoué, qui chérissait son esclavage, n'y trouvait rien de rude, et s'imposait spontanément des devoirs impérieux. Et qui blâmerait les larmes tombées sur un tel cercueil? (St ace, Sihes, n, 6)

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