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pas confondu avecdes sophistes avides et vaniteux, définit son rôle avec une simplicité noble et courageuse en disant à cette populace impatiente qui le harcèle de ses quolibets : or Écoutez-moi, vous ne trouvez pas tous les jours un homme qui vous apporte de libres vérités avec un cœur pur et sincère, sans souci, ni de gloire, ni d'argent, sans autre mobile que sa bienveillance et sa sollicitude pour autrui, et résolu à supporter s'il le faut, les moqueries, le tumulte, les clameurs du peuple *. » Cependant, quelles que soient la fermeté et la modestie de cet orateur philosophe, nous ne voudrions pas exagérer sa valeur. Il reste encore en lui quelque chose du sophiste, et, malgré sa conversion éclatante, il n'a pas entièrement dépouillé le vieil homme. On le sent au luxe de son style et à l'abondance souvent stérile de ses préceptes moraux, qui ne sont pas soutenus par une forte doctrine et qui partent plutôt de sa mémoire que de sou cœur. Ce qui nous intéresse en lui, ce que nous avons voulu mettre en lumière, ce n'est point son talent, ni sa philosophie, mais ce rôle singulier de sermonnaire païen. Bien qu'on doive blâmer ces jeux de la parole que nous avons décrits, et qu'il soit permis de dédaigner la faiblesse inefficace de la morale populaire à cette époque, il faut se garder d'être trop sévère, et rendre justice même aux sophistes. La bizarrerie de leurs mœurs, leurs vices et leurs ridicules ne nous feront pas oublier qu'ils ont propagé la culture littéraire, entretenu l'amour du beau langage, recommandé l'étude des modèles qu'ils savaient mieux admirer qu'imiter. Gomme il ne leur était plus donné d'être de véritables orateurs, ils furent du moins de bons maîtres de rhétorique et de philosophie. Entre l'éloquence politique des républiques an-
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252 LA PRÉDICATION MORALE POPULxURE.
ciennes, qui n'était plus, et l'éloquence religieuse, qui n'était pas encore, ils ont été des intermédiaires utiles en transmettant de l'une à l'autre les belles formes oratoires qui méritaient de ne pas périr. Sans doute ils ont fatigué la laugue, mais, en la tourmentant, ils Tout conservée. Que le christianisme vienne la mettre au service d'une doctrine, d'une foi et de nobles passions, elle reprendra sa vigueur et son accent. Bien plus, pendant que les plus frivoles de ces sophistes amusent les imaginations et empêchent le peuple d'oublier les plaisirs de l'esprit, les plus sérieux, tels que Dion, en répandant la morale, préparent la multitude à entendre des homélies. Enfin il est certaines habitudes de la sophistique qui ont contribué indirectement à la propagation du christianisme. Ces usages du discours public, ce droit pour le premier venu de prendre la parole dans les cirques, les théâtres, les assemblées, ce droit même de dire des injures au peuple, toutes ces libertés dont les païens avaient tant abusé, permettaient aux premiers chrétiens de haranguer la foule sans l'étonner. On pouvait couvrir leurs discours de huées, railler la simplicité incomprise de leur éloquence, les traiter d'insensés et d'impies; mais enfin, grâce à l'usage établi, on les écoutait. Si les cœurs étaient encore fermés à la religion nouvelle, les oreilles étaient ouvertes.
Gomment ces libertés profanes de la rhétorique ont préparé la carrière à l'apostolat chrétien, nous le voyons par le plus illustre exemple. Quand saint Paul paraît dans Athènes, on s'empresse de le mener à l'aréopage, sur la colline de Mars, non pas, comme on le répète à tort, pour le forcer à se défendre, mais au contraire pour qu^ de ce lieu élevé tout le peuple puisse entendre l'éloquent étranger. On espère une belle fête oratoire et des nouveautés piquantes ; on prend l'apôtre pour un de
ces philosophes à figure austère, pauvres, errants, qui ne manquaient pas de passer par Athènes pour consacrer leur gloire devant les juges les plus délicats de l'éloquence. Il est sollicité à publier sa doctrine, comme plus tard, aux jeux Olympiques, Dion Ghrysostome, malgré ses haillons, sera contraint par les instances du peuple à prononcer un discours sur les attributs de Jupiter. On écoule d'abord, non sans faveur, ce philosophe prêcheur de nouvelle espèce annonçant le Dieu inconnu avec une véhémence si peu étudiée; on paraît même sensible à la beauté de ses divins emportements. Mais quand il vient à parler de la résurrection des morts, les assistants, désappointés, se moquent, et disent : « Que nous veut ce discoureur ? » Ainsi la plus belle des scènes chrétiennes n'a été pour les Athéniens qu'une représentation oratoire manquée. A leurs yeux saint Pâul n'était qu'un sophiste voyageur, de tous les sophistes le plus étrange *.
1. Len Actes des Apôtres (ch. xvii) présentent avec une vive couleur historique même le côLé païen de ce tableau :