Uisc. XL
donnée, un jour de fête, pendant que la foule contemple les courses des chars et les tours des saltimbanques, Dion demande le silence. Les cris, les plaisanteries, les injures ne l'empêchent pas d'annoncer à cette populace grossière et frivole qu'il se propose de la rappeler à la décence. Il se fait écouter parce qu'il mêle heureusemen» à des leçons morales l'éloge de la ville. Une lois maître de l'attention, il ajoute aux exhortations pressantes les plus sévères reproches, et, grâce à ce mélange habile do louanges et de critiques, grâce k sa propre modestie, à son langage insinuant, aux histoires curieuses dont il sème son discours, aux vers des poètes dont il orne ses réprimandes, il arrive sans encombre à sa péroraison, en conservant jusqu'au bout la contenance et la liberté d'un philosophe militant *.
C'est qu'il n'est pas, il s'en vante lui-même, il n'est pas de ces sages de cabinet qui ne sont sages que dans les petites réunions, et qui, désespérant de corriger le peuple, ou redoutant ses clameurs, se forment tout doucement, avec un soin infini, un auditoire choisi et favorable; mais il n'est pas non plus de ces cyniques de carrefour qui, dans les rues et sous les portiques s'amusent à taquiner les passants, attroupent autour d'eux des matelots et des esclaves, harcèlent la foule de leurs impertinences, et livrent ainsi à la risée des ignorants la sainteté de la philosophie. 11 ne fera pas non plus comme ces sages à la fois timides et insolents, qui, au milieu d'une assemblée, hasardent quelques leçons de morale d'un ton chagrin, excitent les colères de la multitude par l'indiscrète hardiesse de leur langue, et, après avoir provoqué une sorte d'émeute, quittent la place et disparaissent dans la foule. Dion qui tient toujours à n'être