‹ Les moralistes sous l'empire romainChapitre 102 sur 149 · Quelques-uns néanmoins s'attachèrent à lui et crurent · texte numérisé non relu

Quelques-uns néanmoins s'attachèrent à lui et crurent

Le christianisme, on le voit, se répandait à la faveur de ces usages bizarres et souvent frivoles que nous venons de décrire. On accourait pour entendre un sophiste, et on était converti par un apôtre.

Jusqu'ici, dans nos études sur les moralistes de Tempire, nous avons pris plaisir à contempler le noble effort de la philosophie qui aspirait à régénérer les âmes, mais dont malheureusement les entreprises et les conquêtes étaient enfermées dans de fort étroites limites. Car, bien que la doctrine stoïque renonçât de plus en plus aux démonstrations savantes, et qu'elle affectât même la simplicité d'un enseignement religieux, elle ne parlait ni à rimagination ni au cœur, elle n'offrait au peuple que des préceptes et non pas des espérances ou des consolations. Le stoïcisme n'avait de prise que sur les esprits élevés qui se sentaient une grande ambition morale. Aussi cette belle lumière ne frappait pour ainsi dire que les cimes du monde romain, et quand elle descendait jusqu'à la multitude, ses rayons affaiblis, selon l'exquise comparaison de Marc Aurèle, ne pouvaient percer le corps opaque qui lui faisait résistance. Si nous voulons maintenant connaître les obstacles que rencontra la 'philosophie, il faut quitter les hauteurs où nous nous sommes longtemps arrêtés, et nous placer au milieu des misères d'une société non moins brutale que raffinée, frivole, horriblement corrompue, sceptique, et qui allait au hasard se plongeant chaque jour davantage dans les ténèbres de la superstition et de Tincrédulité. L'histoire des sophistes nous a montré déjà quelle était la futilité des exercices et des plaisirs littéraires; Juvénal nous fera voir la hideuse décadence des mœurs publiques et privées, tandis que Lucien nous peindra l'état des esprits. La philosophie, qui recrute les âmes une à une, ne pouvait relever le monde de cette universelle déchéance. Pour purifier cette vaste et profonde corruption, il fallait un souffle plus puissant et comme une tempête religieuse et morale.

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