‹ Les moralistes sous l'empire romainChapitre 107 sur 149 · Ibid., cil. Lxix · texte numérisé non relu

Ibid., cil. Lxix

en plein sénat, dans un discours de remercîment, en langage de cour, n'imagine rien de plus flatteur que d'immoler au nouvel empereur tous les règnes précédents. Ce fin appréciateur des convenances sait bien que réloge de la république sera bien accueilli par Trajan, qui veut paraître avoir rétabli les anciennes institutions. Le discours de Pline montre clairement quel était le courant de Topinion à Rome, quelle était la volonté du prince, quel langage lui faisait plaisir. Déclamer contre le despotisme et les sanglants abus du pouvoir, accumuler les invectives contre les Césars, c'est la flatterie la plus délicate qu'on puisse offrir alors à un maître clément. Il ne messied pas à un courtisan de faire de la satire politique, et il se trouve que les panégyriques du prince régnant sont des pamphlets contre ses prédécesseurs. C'est donc commettre une étrange méprise et dépenser inutilement son admiration que de se récrier sur la hardiesse de Juvénal. Loin d'être un citoyen farouche qui fait aux princes une opposition éclatante, qui attaque le pouvoir, il ne lui coûte pas, dans la satire sur la misère des hommes de lettres, de chanter les bienfaits du prince régnant et de célébrer sa munificence : « Les lettres ne trouvent que dans César leur soutien et leur espérance; seul dans ce siècle il a ^eté un regard favorable sur les muses affligées, lorsque déjà nos poètes les plus célèbres essayaient , pour vivre, de se faire baigneurs à Gabies et boulangers à Rome, lorsque d'autres ne voyaient ni honte ni abjection à prendre le métier de crieur, lorsque, chassée des vallons de l'Hélicon et des bords de l'Aganippe, Clio allait, mourante de faim, mendier à la porte des riches K » Daus un mouvement d'enthousiasme et de reconnais-

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