‹ Les moralistes sous l'empire romainChapitre 108 sur 149 · Satires, Y II · texte numérisé non relu

Satires, Y II

sance, Juvénal excite l'ardeur de la jeunesse ot l'engage à mériter les faveurs du prince : « Courage, jeunes poêles, il vous regarde, il vous anime, l'auguste chef qui ne demande qu'à placer sur vous ses bontés'. » Gomme notre intention n'est pas de déprécier Juvénal, nous admettons volontiers qu'il n'y a rien que d'honorable dans ces transports de reconnaissance, que ces louanges adressées à un prince favorable aux lettres sont méritées, mais du moins faut-il reconnaître qu'on ne trouve pas dans ce dithyrambe le langage d'un intraitable républicain, hostile à l'institution impériale, ni cette sauvage vertu dont on fait si gratuitement honneur au satirique.

Peut-être n'est-il pas inutile de rappeler ici, pour expliquer encore les fréquentes sorties de Juvénal contre la tyrannie, que ces sortes de sujets étaient sans cesse traités dans les écoles de déclamation où le poète avait fait jusqu'à l'âge de quarante ans son apprentissage. On y faisait à outrance de la satire historique, on s'y déchaînait contre les tyrans, contre les Pisistratides, par exemple, contre Denys, les Tarquins, on les immolait dans des phrases pompeuses, et cette espèce de manie oratoire était poussée si loin que les esprits raisonnables, entre autres Quintilien et Tacite, n'ont pu s'empêcher de témoigner leur mépris pour ces puérils exercices. Juvénal lui-même, pour peindre la triste condition d'un rhéteur, croit devoir nous le montrer mourant d'ennui, et se brisant la poitrine dans sa classe nombreuse où les écoliers jugent et mettent à mort les cruels tyrans :

Quum perimit ssevos classis numerosa tyrannos*.

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