X, 17.Vn
rent dans la ville des richesses, du luxe, de la volupté, pour y faire valoir grands et petits talents. Leurs métiers utiles ou frivoles, leur esprit délié, leur beau langage, leur entrain et leur civilité empressée les font bien accueillir par les riches qui aiment la flatterie délicate et des subalternes bien élevés. Ils ont pour parvenir, et le prestige du talent et le génie de l'intrigue, personnages dangereux, moitié Figaro, moitié Tartuffe, aussi souples que constants, sachant s'introduire dans les familles et y rester, enfin, par la douceur et la patience de leurs empiétements, dominer leurs protecteurs. Les voilà qui s'abattent sur Rome par volées ; ils viennent on ne sait d'où, de Sicyone, d'Andros, de Samos, d'Alabande : « Ils vont se loger aux Esquilles ou au mont Viminal, pour être l'âme des grandes maisons, en attendant qu'ils en deviennent les maîtres. Ils ont le génie prompt, une audace sans scrupule, la parole rapide et plus précipitée que celle dlsée. Dites-moi un peu, comment vous figurez-vous un Grec ? Il y a en lui je ne sais combien de personnages. Grammairien , rhéteur, géomètre, peintre, baigneur, augure, funambule, médecin, magicien, il est tout ce qu'on veut, il sait tout faire. Un de ces petits Grecs affamés monterait au ciel pour vous complaire. Aussi bien, ce n'était pas un Maure, ni un Sarmate, ni un Thrace, ce Dédale qui s'avisa de s'attacher des ailes; c'était un Athénien*. » Veut-on savoir pourquoi le Romain est exaspéré contre les Grecs ? C'est que dans ce grand art de séduire, il ne peut lutter avec ces subtils étrangers, qu'il n'a ni leur grâce ni leur dextérité, et qu'il se laisse devancer par eux dans la faveur des grands. Sur ce terrain glissant, le Grec agile prend le pas sur le lourd Quirite qui voudrait bien arriver le premier. Ces