‹ Les moralistes sous l'empire romainChapitre 122 sur 149 · VI · texte numérisé non relu

VI

de rage d'or où régnaient la vertu et la pudeur, où l'on ne savait pas encore ce que c'était qu'un voleur, le poêle, trop Latin, nous dira : « C'était le temps où les Grecs n'osaient pas encore se parjurer*. » En rapportant un trait de la mythologie ou de l'histoire héroïque des Grecs, il ne manquera pas d'ajouter en passant : « Si sur ce point on peut en croire la Grèce {si Grœcia vera)^\ » comme si la mythologie romaine était plus vraie et moins mensongère. 11 ne lui coûtera pas d'attaquer les historiens grecs, et l'exagération d'Hérodote racontant l'invasion de Xerxès : « Nous croyons que le mont Athos a été traversé par des voiles, et tout ce que la Grèce menteuse nous débite dans ses histoires ; que la mer, couverte de vaisseaux, a ofiert aux chars de l'armée perse une route solide ; nous croyons que des fleuves profonds ont été mis à sec et avalés par le Mède dînant, et toutes les belles choses que nous chante le rhéteur Sostrate tout en sueur'. » Ainsi, selon Juvénal, la religion, l'histoire des Grecs ne sont pas plus véridiques que la parole et les témoignages des particuliers dans la vie civile.

Ces sortes d'épigrammes lancées en passant et en toute occasion, et qui remontent au temps de Gaton, sont des taquineries romaines trop prévues pour être amusantes. Nous aimons mieux nous arrêter un instant devant le vigoureux portrait que Juvénal nous a laissé des Grecs de son temps, et qui est à la fois un beau morceau de poésie et d'histoire, bien qu'on puisse soupçonner le satirique d'avoir outré la vérité jusqu'à la caricature. Les Grecs asservis, appauvris par la domination de Rome, n'ayant plus d'occupations politiques, accou-

Page 1