Ibid
se serait-il donné la peine d'approfonclir les croyances d'une populace misérable , dont les mœurs faisaient horreur, paraissaient farouches et inhumaines, et qui n'exerçait d'ailleurs à Rome que des métiers vils ou suspects? On sait par de nombreux témoignages des anciens que les Juifs s'étaient établis et rassemblés dans les plus Las quartiers de Rome, au delà du Tibre (le Ghetto, où ils sont confinés aujourd'hui, est une partie du Transtévère où ils avaient volontairement fixé leur résidence il y a.près de deux mille ans). Dans ce pauvre faubourg où Ton paraît avoir relégué les industries insalubres et le commerce innomm-é des grandes capitales, ils faisaient toutes sortes de petits trafics, marchands d'allumettes, chiffonniers, revendeurs, ou bien encore interprètes de songes et diseurs de bonne aventure. Juvénal les représente aussi comme des mendiants que l'on a internés, sans doute après quelque persécution, dans ■une forêt voisine de Rome, près de la fontaine Égérie, où ils payent au peuple romain un droit de stationnement : « Ce lieu consacré et les bois de cette sainte fontaine sont loués à des Juifs qui n'ont d'autre mobilier qu'un panier et le foin de leur lit.... Chaque arbre est forcé de payer au peuple un prix de location, et depuis que les muses en ont été chassées, toute la forêt mendie ^ » Cependant, malgré ce mépris que les hautes classes, les lettrés et la foule des païens ressentaient pour ces étrangers, hostiles aux lois romaines, enmmis de rhumaiiitéj la doctrine et le culte des Juifs se répandaient peu à peu dans le peuple, et l'on voit qu'au temps d'Horace, de Perse, de Sénèque, le monde païen leur avait emprunté, sans s*en douter, certaines coutumes et pratiques religieuses dont on comprenait mal
peut-être le sens et la portée. Les ablutions, le jeûne, les lampes allumées, le repos du septième jour, étaient des usages assez généralement adoptés pour que les écrivains de l'époque aient cru devoir s'en moquer ou s'en indigner. La propagande des Juifs, fort active, était favorisée par l'état des esprits, parle discrédit de l'ancienne religion, par le goût pour la superstition nouvelle ou les initiations clandestines, et surtout par les vagues aspirations de cette foule cosmopolite qui composait la population romaine, et qui, sans patrie, sans ressources, sans croyances, allait chercher dans une association puissante non-seulement un soutien, mais un culte et des espérances. Il semble même que cet esprit de prosélytisme que les païens avaient remarqué ne se soit pas toujours renfermé dans les dernières classes de la société, et qu'il ait essayé de faire quelques conquêtes dans le plus beau monde. Juvénal nous montre une Juive qui s'introduit dans la maison d'une matrone à qui elle explique la Bible pour de l'argent : « Alors s'approche une Juive qui vient de quitter son panier et son foin, et, tremblante, elle mendie à l'oreille. C'est pourtant l'interprète des lois de Solyme, la grande prêtresse de la forêt et la messagère fidèle du ciel. La dame lui m«:t dans la main quelque monnaie, sans se montrer trop généreuse , car c'est à bon marché que les Juifs vendent leurs visions*.» Que dans ces consultations furtives il y ait eu beaucoup de curiosité féminine, frivole et oisive, nous sommes disposé à l'admettre et nous n'attachons pas plus d'importance qu'il ne faut aux passages de Juvénal que nous venons de citer. Mais, enfin^ nous voyons que la religion juive fait des progrès à Rome, qu'elle attire les misérables et même l'attention