‹ Les moralistes sous l'empire romainChapitre 131 sur 149 · XI Y · texte numérisé non relu

XI Y

la loi de cette tourbe méprisée. Quand Juvénal s'avise de parler de leur religion et de découvrir les secrets de ce culte incompris, il n'est que l'écho de bruits populaires, et ne donne que des explications aussi vagues que légères. Savez-vous pourquoi les Juifs se conduisent ainsi et se croient meilleurs que les autres ? « C'est, dit-il, que leur père imagina de passer dans l'oisiveté le septième jour de chaque semaine*. » Singulière raison qui prouve combien peu un poète satirique se met en peine d'examiner et de comprendre ce qu'il déteste. Juvénal, Tacite et les autres écrivains profanss ne connaissent de la religion juive que ce que de lointaines rumeurs, les moqueries du peuple, leur ont appris. Peut-être ont-ils vu quelques cérémonies extérieures de ces étrangers mal famés; mais sans se demander quel est le sens de ces pratiques, ils les jugeaient à première vue honteuses et ridicules. Ce culte si fort au-dessus du paganisme, ce culte tout moral d'un Dieu unique qui ne souffrait dans son temple ni statues ni images, échappait à l'intelligence de ces hommes dont l'imagination, du moins, était restée idolâtre. Le peu de renseignements certains qu'ils avaient obtenus sur cette secte obscure ne servait souvent qu'à égarer davantage leur jugement, parce qu'ils parlaient avec tout l'aplomb de l'ignorance qui se croit savante. Ainsi, comme Juvénal avait sans doute entendu dire que le temple de Jérusalem était sans toit, qu'il ne renfermait pas d'images sensibles de la Divinité, que les Juifs priaient en se tournant du côté de l'orient, il ne lui en fallait pas davantage pour affirmer avec assurance « qu'ils n'adorent que la puissance des nuages et du ciel^. » Et pourquoi un poète romain

Page 1