‹ Les moralistes sous l'empire romainChapitre 137 sur 149 · VI · texte numérisé non relu

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derrière eux et qui seront affranchis demain. En même temps, pendant que les préjugés contre la race servile sont surmontés par la force des choses, s'affaibhssent et s'effacent, Rome devient le refuge de tous les vaincus, les étrangers pénètrent dans la cité et étendent chaque jour leur pacifique conquête. Les Grecs, par le prestige de leurs arts et leur habileté insinuante, s'emparent des classes élevées et imposent aux vainqueurs leurs mœurs, leur langue et leur littérature. Dans les bas-fonds, les Asiatiques, les juifs, les chrétiens, propagent leurs croyances méconnues et préparent obscurément l'avenir. La multitude des pauvres, mécontente du présent, murmure, se plaint et proteste contre cette société épuisée qui ne sait rien faire pour eux. Enfin les esclaves comptent pour quelque chose et sont au moins réhabilités parla pitié. Il se fait partout un sourd et vaste travail de lente transformation. L'institution politique seule demeure, mais sous ce solide édifice qui abrite tant de pensées hétérogènes et d'éléments disparates, tout se mêle, se confond, aspire a l'unité, se nourrit d'inquiètes espérances. Même en lisant le satirique Juvénal, on sent que le monde ancien troublé éprouve de vagues tressaillements et qu'il porte dans ses flancs les germes d'une doctrine et d'une société nouvelles.

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