Non vilae sed scholee discimus. Lettre GVL
les détours. Ne voulant pas se laisser Lattre, on s'entête, on subtilise, pour conserver un dogme intact; par respect pour les principes, on admet les plus futiles conséquences, les mots même deviennent sacrés et prennent la valeur des choses ; et, pour ne pas trahir la doctrine dont on est le défenseur, on finit, dans la discussion comme à la guerre, par adopter ce principe : « Dolus an virtuSy quis in hoste requirat * ? »
Le lecteur étranger à ces questions trouve ces disputes indignes des grands esprits qui les ont soutenues, parce qu'il n'entend point retentir à ses oreilles ces formules d'une autre époque. Leur nouveauté pour nous rend leur absurdité palpable. Et cependant ces subtilités que nous méprisons avec justice, couvrent souvent de grandes idées aussi bien que d'ardentes passions. Tous ces fils déliés finissent par former la trame d'une doctrine, quand i's ne servent pas à tresser un nœud pour étouffer un adversaire.
Sénèque se donne la peine d'exposer et de combattre ces paradoxes de l'école, tout en les méprisant, parce que ces puérilités faisaient illusion de son temps, que de graves personnages les étudiaient en fronçant le sourcil et la mine rébarbative, comme il dit lui-même en se moquant^ ; enfin, parce qu'il veut faire entrer Lucilius l'épicurien dans le stoïcisme, en dirigeant ses études, en lui faisant embrasser toute la doctrine, mais aussi en le mettant en garde contre la sophistique de l'école. Il faut louer Sénèque d'avoir conservé son indépendance et rempli le devoir du véritable philosophe, quand il avertit les esprits curieux qui se perdent dans ces dédales