Bossuet, ibid
Dieu des prières intéressées et honteuses pour lui demander la satisfaction deleurs grossiers désirs*, et réprimande avec vigueur ceux que l'éloquent docteur apostrophait ainsi : Vous prétendez que Dieu et les saints épousent vos intérêts et favorisent votre ambition'^.
Sur l'immortalité de l'âme, Sénèque n'est pas toujours d'accord avec lui-même. Sans doute, il ne croit pas aux fables du paganisme, il craint même d'énoncer une pauvreté en disant qu'il n'y croit pas. Mais, pour ce qui est de l'autre vie, tantôt il raisonne en stoïcien, admet le dogme de l'anéantissement et le développe avec une sécheresse et une bravade insupportables, bien différent alors de Socrate, qui cherche du moins à décorer la mort d'un beau nom, en l'appelant un sommeil; tantôt il aime à s'enchanter d'une belle espérance ; il ne fait plus le brave, et, appelant de tous ses vœux une autre vie, il rencontre les accents d'un chrétien. Il parle avec joie de ce jour où son âme, délivrée de la prison du corps, pourra revenir aux dieux dont elle émane ; pour lui la vie terrestre n'est que le prélude d'une vie meilleure; la mort n'est qu'un enfantement à l'immortalité. Toutes ces expressions sont chrétiennes. Sans doute les idées de Sénèque sont moins précises que celles de nos docteurs; ce ne sont point des croyances arrêtées, mais les aspirations sont grandes et pleines de ce calme religieux qui prouve la sincérité '.
Il imagine ensuite pour les grandes âmes une sorte de paradis où les secrets de la nature leur seront dévoilés, où toutes leurs ténèbres seront dissipées, où elles jouiront d'une sérénité sans lin. Mais ce qui est plus
1. Quanta dementia est hominum? turpissima vota iliis insusurrant. Lettre X.