IV PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION
intrépide qii'Épictèle, plus d'un moraliste populaire semblable à Dion Gbrysostome, plus d'une âme qui s'ouvrait à la tendresse morale comme Marc- Aurèle, plus d'un citoyen non moins indigné que Juvénal, plus d'un contempteur de la religion et de la philosophie tel que Lucien. En parcourant des ouvrages si divers par la forme et l'esprit, on peut se figurer quels ont été à la fois les grandeurs et les misères morales de cette époque, les besoins des âmes, et dans quel état le christianisme déjà militant rencontra l'empire romain; étude qui peut-être ne manque pas d'opportunité en ce moment où l'on s'occupe avec passion des origines du christianisme, de sa marche dans le monde, de ses conquêtes.
Bien que dans ce livre, pour faire honneur au stoïcisme et lui rendre justice, nous ayons tenu à montrer que son enseignement se rapproche souvent de la morole chrétienne, nous ne voulons pas insinuer que le christianisme n'a été que le développement et le dernier fruit de la sagesse grecque et romaine. D'autre part, nous sommes loin de penser, avec une certaine école historique, que la philosophie profane a empiunlé ses idées les plus pures à un enseignement occulte du chrislianisme. Saint Paul ne relève pas plus des maîtres de Sénèque que Sénèque ne relève de saint Paul. Il y eut à cette époque dans le monde deux courants semblables, d'une énergie et d'une pureté bien inégales, l'un venu de l'Orient, l'autre de l'Occident, qui se rencontrèrent sans se mêler et se heurtèrent avant de se confondre.
Depuis longtemps les mêmes idées morales mûrissaient dans toutes les parties de l'empire romain, et