‹ Les moralistes sous l'empire romainChapitre 4 sur 149 · PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION. V · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION. V

de progrès en progrès la philosophie allait à son insu au-devant de la loi nouvelle. Ainsi se font toujours dans le monde les grandes révolutions morales ; pour s'accomplir il faut qu'elles soient préparées. Ce n'est pas un immense coup de la grâce qui a subitement renversé les consciences. Les témoignages de l'histoire sont sur ce point confirmés par l'autorité des Pères de l'Église, qui reconnaissaient dans la morale païenne de plus en plus épurée une sorte de christianisme anticipé et ne faisaient pas difficulté d'admettre que Dieu avait voulu aplanir ainsi les voies aux vérités chrétiennes. Il est donc permis de louer la morale antique autant qu'elle le mérite, sans inquiéter la foi, et, bien que dans un livre purement historique nous n'ayons à consulter que l'histoire, nous invoquons volontiers l'autorité des Pères, parce qu'en un si grave sujet on est toujours heureux d'aboutir à une conclusion qui ne divise pas les hommes.

Cette préparation des âmes est visible. Le discrédit du paganisme, la croyance philosophique à l'unité de Dieu, à la Providence, de vagues désirs d'iinmortahté, la science de l'âme, le goût de la méditation intérieure et mystique, les idées nouvelles de fraternité, de pureté, les exercices ascétiques, le dégoût des plaisirs et du monde, un certain besoin de croire et d'adorer, la manie même de prêcher, tant d'autres dispositions presque chrétiennes semblaient appeler une foi nouvelle. Le monde ancien devait la repousser quand elle parut, parce qu'il la méconnut d'abord, mais elle était faite pour lui.

Si le christianisQie s'était offert au monde quelques siècles plus tôt, il n'aurait pas été compris. Qu'on se

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