Lettre CXXIIL 3. Sermon sur la Satisfaction
dont les tiroirs sont pleins de poisons*. » Hâtons-nous d'ajouter que ces sopliismes étaient à Rome une importation étrangère, et que cette dépravation subtile des Grecs échoua devant la droiture romaine, comme la casuistique espagnole devant le bon sens français.
Cette conformité de la doctrine stoïcienne et du christianisme ne va pas toujours au fond des choses, et l'on aurait tort de trop s'étonner que Sénèque ait prévenu les chrétiens sur quelques points de direction, qu'il ait décrit et combattu les mêmes maladies morales. Si les sujets de ses lettres sont quelquefois les mêmes que ceux des lettres spirituelles, c'est que les hommes ont toujours les mêmes maux et ont besoin des mêmes remèdes. On ne s'étonne pas que les livres d'Hippocrate aient quelque ressemblance avec les livres des médecins modernes. Tout ce que nous voulons prouver par ce parallèle qu'on pourrait prolonger encore, c'est que le philosophe païen avait assez pénétré dans les consciences et dans la morale intérieure pour rencontrer quelques prescriptions et quelques habitudes cnréliennes, et pour nous mettre en droit d'appliquer à sa morale ces mots de Tertuliien : « C'est le christianisme de la nature, le témoignage de l'âme naturellement chrétienne : Testimonium animx natur aliter christianœ^, »
Si je me suis plu à noter les conformités, je dois aussi remarquer les différences. On ne trouve point dans les lettres à Lucilius l'âme de la direction chrétienne, ni ces sentiments si purs et si désintéressés que le dévouement religieux peut seul inspirer. Ainsi la véritable humilité, la simplicité, l'abandon, la mort à soi-même, tous ces sentiments qui inondent l'âme de Fénelon et
î, Mcdicos, quorum tituli remédia liabent , pyxides venena. Fraymenis.