‹ Les moralistes sous l'empire romainChapitre 40 sur 149 · uipologct · texte numérisé non relu

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qui pénètrent même Tallier génie de Bossuet, manquent entièrement au moraliste romain.

Gomme directeur et propagateur des idées morales, Sénèque n'a pas non plus le caractère que le christianisme a donné à quelques-uns de nos docteurs. La douceur, selon Bossuet, est le principal instrument de la conduite des âmes, et elle porte avec elle trois vertus principales : la patience, la compassion et la condescendance*. Ces vertus ne se rencontrent pas toujours dans Sénèque; s'il a de la patience, il n'a guère de compassion, car il plaint moins les vices qu'il ne les frappe et ne les raille. Pour la condescendance, qui consiste à se faire petit avec les petits, infirme avec les infirmes, « tous à tous, afin de les sauver tous, » cette vertu ne pouvait appartenir à un stoïcien qui ne s'adressait qu'aux esprits cultivés, et comptait pour rien la multitude.

C'est là, outre les dogmes qui diffèrent, le principal caractère qui sépare le moraliste de nos directeurs. Tandis que Fénelon se fait doux et simple, pour trouver accès auprès des cœurs, et s'insinue jusqu'à la racine du mal, tandis que Bossuet s'efface pour ne faire sentir que l'autorité de la parole divine, Sénèque se fait honneur de sa vertu, vante la philosophie avec une sorte d'orgueil personnel qui provoque la résistance plutôt que la soumission. Il aime à s'appesantir sur les falies humaines; il n'a pas cette indulgence et cette pudeur qui ne montrent les vices que pour engager les hommes à les fuir. Lui, il se plaît à les sonder, il les étale devant nous. Il éprouve un secret plaisir à les peindre, et à son horreur pour ces vices se mêle une certaine satisfaction de les avoir si bien démêlés et décrits. Il ne gémù

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