‹ Les moralistes sous l'empire romainChapitre 5 sur 149 · VI PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

figure saint Paul piechaut dans Athènes au temps de Périclès, à Rome, à l'époque des guerres puniques et de Gaton l'ancien, n'est-il pas évident que le patriotisme encore ardent, la religion païenne solidement établie, l'orgueil intraitable d'une société élégante ou forte, satisfaite d'elle-même, auraient repoussé l'étranger sans se laisser entamer? Sous l'empire, la lutte devait être vive encore, tristement sanglante, mais du moins l'héroïsme chrétien pouvait espérer la victoire. Mais ce sont là de bien grandes questions à propos d'un livre plus descriptif que dogmatique, oi^i nous avons voulu peindre tout simplement l'état des esprits et des âmes sous l'empire romain. Il n'est pas entré dans notre dessein de faire Texposition philosophique des doctrines et des systèmes, qui a été faite souvent dans ces derniers temps avec beaucoup de science et d'autorité. Seulement il nous a paru qu'on pouvait dire quelque chose qui ne fût pas sans nouveauté sur les caractères pratiques de la philosophie à cette époque, sur la propagande intime ou populaire des idées morales, sur ce que les anciens appelaient la parénétique et que les chrétiens ont appelé la prédication et la direction de conscience. Sénèque, Perse, Dion Chrysostome, Épictète et Marc-Aurèle font entendre les divers accents de ce stoïcisme prêcheur, tandis que Juvénal et Lucien, en découvrant l'état social, politique et religieux du monde ancien, font comprendre pourquoi celte noble philosophie a été impuissante. Ce livre ne renferme donc qu'une suite de tableaux sur la société romaine, que nous avons tâché de rendre clairs et simples. Nous en avons écarté tout appareil d'érudition. A force d'écrire pour les seuls

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION. vu

savants, on a fait de laphilosopliie et delà littérature antiques une sorte de domaine réservé, interdit aux profanes. Comme la connaissance des idées morales et de leur histoire nous paraît convenir à tout le monde, et comme il est possible d'être exact sans être

op didactique, nous avons renoncé aux dissertations spéciales, qui souvent ne sont utiles qu'à quelquesuns et qui rebutent le grand nombre.

Nous croirions n'avoir pas perdu UvDlre peine si nous inspirions à queli;ues personnes peu familiarisées avec l'antiquité le désir de lire ces beaux livres de morale que nous examinons. Elles y trouveraient un sujet d'étonnement, peut-être même d'édification. Je sais bien qu'aujourd'hui la faveur n'est plus à ce% méditations morales où se plaisaient nos pères au dixseptième siècle surtout, alors qu'on se nourrissait de Sénèque et de Marc-Aurèle aussi bien que de Nicole. Aujourd'hui les dispositions des esprits ne sont plus les mômes. Les uns trouvent que les traités de morale chrétienne, si fort goûtés autrefois, ne sont plus faits pour notre temps; les autres estiment que la morale païenne est fausse et dangereuse. Les attaques se croisent et vont discréditant la littérature religieuse et la sagesse profane. Je ne sais ce que le monde y gagnera quand on lui aura souvent répété qu'il ne faut écouler ni les saints, ni les philosophes. Les indifférents seront les seuls sages. Bernardin de Saint- Pierre raconte qu'un écrivain disait un jour à J. J. Rousseau qu'il s'occupait du projet de démontrer la fausseté des vertus des grands hommes du paganisme, en représaille de ce que les philosophes modernes attaquaient celles des grands hommes du christia-

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