‹ Les moralistes sous l'empire romainChapitre 78 sur 149 · Entretiens d'Épictète,. Uv. IV, ch. vi · texte numérisé non relu

Entretiens d'Épictète,. Uv. IV, ch. vi

croyons nécessaires pour bien goûter la mysticité de Gerson ou de Fénelon?

L'antiquité n'a jamais produit un homme qui fût plus naturellement porté vers les méditations morales et plus amoureux du bien. Les circonstances de sa vie, ses parents et ses maîtres, les besoins de son époque aussi bien que son caractère, auraient fait de lui un philosophe de profession, si l'adoption d'Antonin ne Tavait élevé à l'empire. On a quelquefois remarqué dans la biographie des grands docteurs chrétiens qu'ils ont été comme prédestinés à devenir la lumière etl'honneur de l'Eglise, et qu'i's ont eu une sainte enfance. De même, Marc-Aurèle semble avoir passé ses premières années à l'ombre du temple, parmi les images de la religion et les enseignements de la philosophie. A l'âge de huit ans, on Tavait fait entrer par un honneur précoce dans le collège des prêtres de Mars, où il chantait les hymnes consacrés et figurait dans les processions rehgieuses. Il aurait pu dire, a peu près comme le petit Joas :

J'entends chanter de Dieu les grandeurs infimes, Je vois l'ordre pompeux de ses cérémonies.

A douze ans, il était déjà un néophyte de la philosophie, il adopta les usages austères et le costume des stoïciens, il entra pour ainsi dire dans leur ordre. Malgré sa chétive santé, il couchait sur le plancher, et il fallut les instances et les larmes de sa mère pour qu'il consentît à dormir sur un petit lit couvert de peau. Du reste, sa famille semble avoir pris plaisir à protéger de toutes parts sa naissante vertu et la candeur de ce beau naturel. On ne l'en'voya point aux écoles publiques, et il fut élevé dans la maison paternelle, où furent appelés auprès de lui les maîtres les plus célèbres, grammairiens, philosophes, peintres même et musiciens. Il passa une partie

de sa jeunesse à la campagne , dans cette noble villa de Lorium, où l'empereur Antonin, son père adoplif, aimait à vivre sans cour, avec ses amis, en simple particulier, tout en remplissant avec fermeté ses devoirs de souverain. Combien l'exemple de ce prince si laborieux et si simple agit sur son âme, Marc-Aurèle nous le dit lui-même dans ses Pensées, Nous savons aussi par les lettres qu'il écrivait alors à son maître Fronton quelles étaient ses occupations à la campagne, comment il partageait ses journées entre les plaisirs champêtres et l'étude. Il chasse, il pêche, il s'exerce au pugilat, à la lui te, il se mêle aux vendangeurs. « J'ai dîné d'un peu de pain.... Nous avons bien sué, bien crié, et nous avons laissé pendre aux treilles quelques survivants de la vendange (il pense à faire la part du pauvre).... Revenu à la maison, j'ai un peu étudié, et cela sans fruit. Ensuite, j'ai beaucoup causé avec ma petite mère, qui était sur son lit*. » Puérilités, dira-t-on, fade innocence! Non, de pareils détails ne peuvent être indifférents à ceux qui savent que la simplicité du cœur dans la jeunesse n'est pas seulement une grâce , mais une force , et que les plus hautes vertus des grands hommes n'ont été d'abord que d'aimables qualités. Et qui sait si ces causeries du jeune homme avec sa mère ont été inutiles au bonheur du monde? Marc-Aurèle empereur, à la fin de sa vie, se recueillant et se traçant ses maximes, commence à peu près son journal par ces mots : « Imiter ma mère, m' abstenir comme elle non-seulement de faire le mal, mais même d'en concevoir la pensée. » Au milieu de ces calmes influences de la famille, de la campagne et de la philosophie, Marc-Aurèle garda cette pureté de l'âme et du corps à laquelle il attachait un si grand

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