Ci ce ion, Pro Archia
semblaient aux directeurs de conscience, qui, au dixseptième siècle, étaient attachés aux grandes maisons, l'Our guider la famille dans le chemin de la perfection religieuse. La corruption et les désastres de l'empire leur donnèrent encore plus d'autorité. Toutes les belles âmes, dégoûtées de la politique, cherchèrent un refuge dans la philosophie, où elles protestaient en silence contre les mœurs du siècle et le despotisme impérial. Elles s'y pénétraient de l'esprit du stoïcisme, qui est d'apprendre à bien mourir; et il suffit de parcourir les Annales de Tacite, ce livre des beaux trépas, pour se convaincre que la philosophie soutenait le courage des plus nobles victimes et quelquefois même de ces femmes héroïques qui voulaient, en mourant, s'associer à la gloire de leurs époux.
On vit de ces stoïciens, au milieu des guerres civiles qui déchiraient l'empire, se donner à eux-mêmes une mission pacifique, courir dans les camps, exhorter les soldats, leur prêcher la concorde. Au moment où les légions de Vitellius et de Vespasien allaient en venir aux mains devant Rome, dans une des plus terribles attentes qui aient jamais consterné un peuple, un philosophe, Mufonius Rufus, ne comptant que sur son éloquence et la renommée de sa vertu, osa sortir de la ville pour apaiser les assaillants; et, dans la naïveté de son courage, bravant les risées et les menaces d'une soldatesque avide de sang et de pillage, il ne se relira qu'au moment où il allait payer de sa vie sa morale intempestive. C'est ainsi que, après la mort de Domitien, Dion Ghrysostome, plus heureux que Rufus, parvint à faire rentier dans le devoir les légions révoltées et donna à l'empire les Antonins.
Le même dans les afflictions de la vie privée et les malheurs domestiques, le philosophe vient de lui-même
offrir des leçons de constance ou des consolations. On peut lire, dans Sénèque et dans Plutarque, quelques-unes de ces lettres destinées à calmer la douleur. Quelquefois on appelle le philosophe, on lui confie ses peines, on lui ouvre son cœur, on remet entre ses mains son âne impatiente ou endolorie. La femme d' Auguste, Livie, ayant perdu son fils Drusus, sur lequel reposaient tant d'espérances, fit venir Aréus, le philosophe de son mari, philosophum viri sui, leur confiJent à tous deux, et qui « était initié aux plus secrets mouvements de leurs âmes. » Ce confident respecté, on pourrait dire ce confesseur, sut apaiser les premiers transports de la douleur maternelle, et Livie déclarait plus tard que ni le peuple romain, ému de ce malheur public, ni Auguste accabîé lui-même par la perte d'un si digne héritier, ni la tendresse du seul fils qui lui restait, ni les condoléances enfin des nations et de sa famille n'avaient autant calmé sa peine que les discours du philosophe consolateur *.
Cet exemple qui, d'ailleurs, n'est pas unique, nous paraît d'autant plus remarquable qu'il s'agit d'une femme. La philosophie, on le voit, ne se renferme plus dans les écoles, elle entre dans l'usage de li vie ; elle exerce une sorte de ministère qu'on invoque dans les grandes crises Les heureux du jour, les gens frivoles ne se font pas faute sans doute de railler ces sombres personnages dont la parole austère et le grave maintien sont à leurs yeux comxïie un reproche et une offense; mais il viendra un moment oià, dans leur vie dissipée, ils ap pelleront la philosophie à leur secours et se jetteront dans ses bras. Quelque temps après Sénèque, un autre sage le disait avec un air de triomphe : « La plupart