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2. Niger, malade, ayant une arête de poisson dans la gorge, courut se mesurer avec un sophiste voyageur qui passait par la ville; il déclama et mourut. (Plutarque, Préceptes de santé, 32.)
3 Eunape, Vie de Frohœresius.
moyeu de s'enrichir était de réunir autour de sa chaire une foule de disciples qui recueillaient avidement les paroles du maître pour se rendre dignes à leur tour de si grands honneurs, et qui payaient largement ce noviciat de l'éloquence. C'était à la fois le profit et la marque de la supériorité. Aussi les plus grands orateurs étaient-ils fiers de ce nombreux cortège qui les accompagnait en public et les suivait même quelquefois dans leurs voyages. Il n'est sorte de ruses qu'ils n'aient inventées, afin de se procurer des disciples, et, pour grossir leur auditoire, ils ne se faisaient pas scrupule de débaucher celui d*un rival par des flatteries, des cadeaux et d'autres moyens encore plus ingénieux. On raconte Thistoire d'un sophiste débutant, sans talent, mais non pas sans esprit, qui, désirant à tout prix se faire un nom, s'avisa de prêter de l'argent sans intérêt à tous ceux qui voulaient bien lui en emprunter, à la seule condition qu'ils seraient assidus à ses déclamations; l'absence était considérée comme une banqueroute, et le débiteur insolvable livré à la rigueur des lois. Mais les plus illustres de ces sophistes n'avaient besoin que de leur réputation pour attirer un concours incroyable de jeuaes gens de tous les pays; et Scopélien, par exemple, qui déclamait à Smyrne, voyait autour de lui tout un peuple de disciples accourus de la Grèce, de l'Assyrie, de la Phénicie, de l'Egypte. Malheureusement ils ne pouvaient pas toujours, dans leurs courses vagabondes, traîner à leur suite tous ces satellites dévoués; mais leur esprit inventif leur fournissait, dans une occasion solenuelle, le moyen de se faire un cortège honorable : témoin ce sophiste voyageur, qui, débarquant à Rhodes pour donner une grande fête oratoire, pensa qu'il était de sa dignité de se montrer avec son escorte ordinaire, et, trouvant sur le port des rameurs et des matelots de loisir, il les enrôla.
acheta des costumes, et après les avoir habillés comme des amateurs de la belle éloquence, il fit dans l'assemblée une entrée magnifique à la tête de cette armée navale*.
Bien que le bruit qui se faisait autour de leur nom fût l'ouvrage de cette habileté dans la mise en scène autant que de leur éloquence, ils ne laissaient pas de prendre leur gloire au sérieux, et se plaçaient naturellement au-dessus de tous les hommes. Un jour, un empereur proposait à l'un d'eux de l'élever aux plus hautes dignités; celui-ci répondit avec un orgueil candide qu'il n'aspirait pas à descendre et qu'il resterait sophiste^. Un autre, envoyé en ambassade auprès d'Antonin, et mortifié de ce qu'on ne l'avait pas encore remarqué au milieu des courtisans, s'écria : « César, fais donc attention à moi. » Le prince, irrité de cette insolence, lui répartit : « Je te connais; tu es cet homme qui soigne si bien sa chevelure, ses dents et ses ongles', »» Même devant leur auditoire qu'ils ménageaient, nous l'avons vu, avec la délicatesse la plus raffinée, il leur arrivait parfois d'étaler une jactance qui passe les limites de l'audace et du ridicule ; on peut s'en faire une idée par cet exorde de Polémon ; « Athéniens, on dit que vous êtes de bons juges en éloquence; je saurai tout à l'heure si vous méritez votre réputation*. » Enfin leur vanité était si susceptible, si connue, si facilement pardonnée, qu'un de ces orateurs aimés du public, apercevant dans l'assemblée un auditeur endormi, osa descendre de son estrade, pompeusement, à pas comptés, et, avec la dignité qui convient à un grand homme outragé, il