‹ Les moralistes sous l'empire romainChapitre 92 sur 149 · Thémistius, Orat., IV · texte numérisé non relu

Thémistius, Orat., IV

toire *. Refuser la lutte était impossible, c'était se déclarer vaincu d'avance, détruire soi-même la bonne opinion qu'on avait donnée de son talent, et se couvrir de honte. Aussi, quelle angoisse pour un vieil athlète obligé de se mesurer avec un jeune homme et de risquer dans une bataille décisive son ancienne renommée ! Honneurs, réputation, fortune, il faut tout livrer aux hasards d'une improvisation aventureuse. Malgré la futilité de ces luttes singulières, le spectacle était émouvant et dramatique. Plus d'une fois on vit un sophiste, en entendant les brillantes nouveautés de son adversaire, les frémissements de la foule, ses applaudissements, ses clameurs, en sentant que sa propre gloire, si lentement amassée, allait lui échapper en un moment, perdre contenance, chercher avec effort une réponse embarrassée, et, comme étouffé par l'émotion et la rage de l'impuissance, pâlir, chanceler et tomber mort sur la place ^. Mais aussi, quel triomphe pour le vainqueur ! On le reconduisait en grande pompe jusqu'à sa demeure; le magistrat romain lui faisait cortège à la tête de ses soldats; on l'appelait un rossignol, une sirène; on lui donnait le titre de prince, de roi, et les plus fanatiques l'entouraient avec amour et baisaient avec dévotion ses mains, ses pieds, sa poitrine, comme la statue d'un dieu ^. On se figure aisément avec quel art et quels soins les sophistes devaient se préparer dé pareils triomphes, quand on sait que ces témoignages bizarres de l'enthousiasme en délire n'étaient pas stériles et rapportaient autant d'argent que de gloire. Cependant le plus sûr

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