Lettres XCIV, XCV
âmes et applique directement le remède k chaque maladie
morale *.\\ .
< En donnant les motifs de cette prédilection , il reconnaît que, sans les dogmes, les préceptes ne sont point efficaces; mais ils rafraîchissent la mémoire , ils rendent palpable ce qui est trop général. Il ne suffit point de dissiper les préjugés, il faut encore aiguillonner le cœur, car la plupart des hommes font le mal tout en voyant le bien. Une pensée forte, une sentence vive, un proverbe moral réveille la vertu qui dort dans les âmes. Et n'arrive-t-il pas souvent que l'autorité d'un sage est plus persuasive qu un long enchaînement de preuves? D ailleurs il faut quelquefois réunir et grouper des principes dont un homme peut avoir besoin dans l'occasion et que la faiblesse de son esprit ne lui permet pas de lier ensemble. L'adepte même le mieux instruit des dogmes peut-il se passer d'un guide dans une affaire délicate? Enfin Sénèque demande si les préceptes et les avertissements familiers, propres à la philosophie pratique, sont inutiles lorsque nos oreilles sont battues sans cesse par les mauvaises maximes de l'opinion; et puisque les paroles et les actions de la foule, où nous sommes perdus, font sur nous une impression nuisible , et que chacun passe sa folie k son voisin, il veut un gardien des âmes : Sit^rgoaliquiscustos^, \v
^ar Sénèque est convaincu qu'on ne peut s élever jus- Mh la vertu si personne ne vous tend la mam pour sortir du vice. Nous avons besoin d'un homme qui plaide sans cesse devant nous la cause du bien, et qui fasse glisser de salutaires conseils k travers ce concert de fausses opinions dont le monde nous assourdit. Mais, comme