‹ Les moralistes sous l'empire romain [microform]: philosophes et po ètesChapitre 118 sur 139 · III · texte numérisé non relu

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LA SOCIÉTÉ KOMAINli:.

Les religions orientalesi

Au-dessous du moiule él.'gaut et riche où les Grecs exerçaient surtout leur influence, une autre invasion d'étrangers bien plus dangereuse menaçait dans Rome, devenue cosmopolite, la morale païenne et l'antique religion. Des croyances et des superstitions nouvelles ap- ^ portées par les Orientaux se répandaient dans le bas I peuple et minaient sourdement les derniers fondements de l'ancienne société. Notre dessein ne peut pas être de traiter ici en quelques mots cet intéressant sujet qui touche à riiistoire de la plus grande révolution morale, et, par certains côtés, à l'établissement du christianisme. Dans les étroite's limites où nous devons nous renfermer, c'est assez pour nous d'indiquer ce tableau historique en empruntant tous les traits à Juvénal et en nous plaçant encore une fois au point de vue de ses préventions et de ses haines patriotiques. Ce n'est pas que le poëte soit un païen fort dévot ; il traite bien légèrement les dieux du paganisme et les croyances autrefois les plus respectées. Il ne faut pas se laisser tromper à son apparente piété. Sans doute il dira, par exemple, que les mœurs sont perdues depuis que la religion romaine a été altérée; il vantera la naïve piété des premiers âges, les dieux indigènes du Lalium; il prouvera que la vieille probité était attachée au vieux culte, et qu'elle a disparu avec lui. Mais ce ne sont là que des regrets politiques, les plaintes du citoyen célébrant le

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temps passé, des phrases de déclamateur quelquefois, et non pas une profession de foi religieuse. Au contraire s'il trouve l'occasion de se divertir aux dépens de la mythologie et des fables poétiques de la Grèce qui sont une partie injportante delà religion païenne, il fera montre de son incrédulité. Lucien ne parle pas des dieux avec plus d'irrévérence. « Le bon temps pour les hommes était celui où l'Olympe n'était pas encore peuplé de tant de divinités, le temps où Junon n'était encore qu'une petite fille, Jupiter un simple particulier; où l'on ne banquetait pas encore au-dessus des nuages, où il n'y avait pas d'échanson divin, oii chaque dieu dînait seul, où le ciel , moins chargé d'habitants, pesait moms sur les épaules du malheureux Atlas. C'était aussi le bon temps que celui où les enfers n'étaient pas inventés, où il n'y avait pas de Pluton, pas de supplices, ni roue, ni rocher, ni vautour; où toutes les ombres étaient heureuses pour n'être pas soumises à des tyrans infernaux '. » Juvénal fait la parodie del'Olympe, naturellement, sans afTectalion d'impiété , sans audace, avec le ton leste et dégagé d'un homme qui s'adresse à des lecteurs aussi incrédules que lui. En plus d'un endroit il constate le discrédit dans lequel la Fable est tombée: « Qu'il y ait des mânes, un royaume souterrain, des grenouilles noires dans le Styx, une barque de Garon, c'est ce que ne croient plus même les enfanta ^. »Acette époque, l'incrédulité était devenue générale, et des grands, des philosophes, des hommes de lettres, avait passé même dans le peuple. Mais, ainsi qu'on la souvent remarqué dans les sociétés désabusées de leurs croyances, il se fit à Rome un sourd travail

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religieux, incertain, sans bol 'précis. D'effroyables malheurs à la fin de la république, la désoccupalion politique sous l'empire, une vague inquiétude, le besoin de remplacer des croyances surannées, tout ramenait la conscience humaine déconcertée à des idées et à des pratiques religieuses. Les hommes d'élite cherchèrent dans la philosophie, plus que jamais, des consolations et des espérances, s'abritant sous les principes des écoles accréditées, et, comme on le voit par l'exemple de Sénèque, d'Épiciète, de Marc Aurèîe et de bien d'autres, répandant les principes de la sagesse avec l'accent de la piété et transformant l'enseignement philosophique en touchante prédication. D'autre part, le peuple incapable de se faire initier aux doctrines philosophiques, S3 rejetait sur les superstitions étrangères dont la nouveauté l'étonnait, et qui, d'ailleurs, allaient au-devant de sa naïve crédulité. Dans cette multitude hétérogène qui composait alors la population romaine et qui Jouait de toutes parts dans la capitale de l'empire, Juvénal a démêlé tous les cultes avec plus ou moins de clairvoyance et décrit les pratiques des prêtres avec le double mépris de l'incrédulité et du patriotisme. De satire en satire, nous pouvons passer en revue cette longue suite de superstitions étrangères.^ous voyez là les prêtres de Cybèle, les corybantes, lés galles, qui, après avoir parcouru pendant le jour les rues de Rome, exécutant leurs danses sacrées avec mille contorsions, au son des cymbales et d'autres instruruents, vont le soir dormir dans les cabarets, ignobles vagabonds, s'il faut en croire le satirique, qui cherchent un refuge nocturne dans les lieux mal famés, et s'endorment, épuisés de fatigue, parmi des voleurs et des assassins, à côté de leurs tambourins muets *. Ces peintures de

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