‹ Les moralistes sous l'empire romain [microform]: philosophes et po ètesChapitre 135 sur 139 · Dialogue des Dieux^ XT · texte numérisé non relu

Dialogue des Dieux^ XT

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logie régnait encore sur les imaginations les plus désabusées ! Les esprits forts pouvaient en rire, ils demeuraient

sous le charme.

On a souvent comparé Lucien h Voltaire, et nous croyons en effet que les ressemblances sont assez frappâmes et reconnues pour qu'il nous soit iiermis de n'en point parler et déviier ainsi un long et fastidieux parallèle. Mais il ne nous paraît pas inutile de marquer en passaiit quelques différences. Tous deux ont attaqué la fui cinlique, en s'acharnant l'un sur la Bible, l'antre sur les poèmes d'Homère, qui étaient la Bible du paganisme. Mais, comme nous l'avons dit, Lucien expost; avec un so.u iidèle les traditions dont il veut se moquer. T(lli3 est son exactitude, que le recueil de ses pamphlets roligienx pourrait devenir pour nous un excellentdiciionnaira de mythologie. Il dédaigne cet art perfide qui consiste à mntiler un texte, à en dénaturer l'espril pour rendre la satire phis piquante et plus facile. Qni pourrait affirmer que Voltaire a toujours éfialement observé les règles d'une guerre loyale? Ainsi que nous venons de le voir encore, Lucien ne commence point par parodier la fable, il la méprise comme philosophe, il s'en amnse comme poète. Loin de il irir d'avance et de déflorer par la grossièreté préméditée du langage les créations de la naïveté primitive, il leur laisse qutdquelois toute leur élégance, au point qu'un lecteur peu attentif et non prévenu pourrait se méprendre sur ses secrètes intentions. Voltaire ne comprend pas ou du moins p.arait ne pas comprendre la beauté des livres snints, il dénigre et travestit les plus touchantes histoires, qui mériteraient d'être épargnées au moins comme une admiiable poésie. Après Voltaire», il a fallu rétablir ce qu'on appelle les beautéb du christianisme; il n'était pas besoin, après Lucien, qu'un C!ifi>.2aubriand païen vint restituer à la labl':' «a vrrito

LE SCEPTICISME RELIGIEUX

poétique. On s'explique celle différence, q-iand on sait qaa Voltaire se proposait de mettre Tirréligion à la portée du peuple, et de lasciuer, par des prodiges d'esprit, noij-seulement les hommes cultivés, mais encore le public vulgaire. Lucien ne s'airesse qu'à des ralfiués, à des beaux esprits plus difficiles à contenter, et qui ont trop bien lu les poêles pour souffrir ces profanations dout on peut amuser l'ignorance. Nous ne connaissons pas as>ez le caractère personnel de Lucien pour affirmer qu'il lut plus honorab e que celui de Voltaire. Le Grec n éiaii pas pbis honnête, si Ton veut, mais il était plus aliique, dans le sens aucien du mol. L'alticisme, entre autres avantages, a celui de mettre un frein à l'injustice naturelle de la passion, de réprimer les sai lies trop aventureuses, d'imposer aux écrivains la justesse, la mesure, et par suite une certaine équité, et de leur donner enfin de ces scrupules littéraires qui remplacent qut Iquefois ceux de la conscience.

11 faut convenir qu'à cette époque il était bien facile de déconsiiérer les dieux; il suffisait, comme a fait Lucien, d'exposer en quelque sorte, sur un ihrâire, toute la cour céleste comme une troupe d'acteurs, et de livrer les spectateurs à leurs propres réflexions sur la moralité de la p'.èce. Le public éclairé devait aussitôt faire justice de ces inventions vieillies, qui choquaient ouvertement les idées du jour. Le temps est un grand satirique, il se charge tout seul de rendre ridicules les opinions, les personnages, les costumes, le langage des siècles passés. Gomme la religion était restée immobile, tandis que la morale hutnaine avait fait sans cesse des progrès, il eu résultait naturellement que les hommes avaient le droit de se croire meilleurs que h s dieux. C'était là une anomalie singulière dans le monde païen. Les mêmes crimes qui étaient autorisés par l'exemple de

la Divinité étaient condamnés par la philosophie et par les lois. Lucien nous a peint cette situation étrange et l'embarras où pouvait alors tomber un homme qui ne sait s'd doit suivre les lois où la religion : « Encore enfanl, lorsque je lisais dans Homère et dans H< siode les guerres et les séditions, non-seulement des demi-dieux, mais des dieux eux-mêmes, leurs adultères, leurs viols, leurs lapts, leurs procès, leurs expulsions de pères, leur? mariages entre frères et sœurs, je me figurais que tout cela éiail fort beau et je n'en étais pas médiocrement charmé. Mais lorsque, entrant dans l'état viril, je vis les lois ordonner le comraire des poètes, défendre l'adultèie, la sédition, le rapt, je fus dans un grand embarras, ne sachant plus quel pâli prendre. Je ne pouvais croire que les dieux eussent été adultères et factieux, sans le trouver honnête, ni que les législateurs eussent prescrit tout le contraire, sans le juger utile'. » Ces paroles éclairent et justifient les atta(jues de Lucien contre le paganisme. D'une part, il étaii légitime de ruiner une religion corruptrice; de l'autre, il était facile, surtout h un écrivain si fertile en ressources, de livrer à la risée publique des dieux, que non-seulement une morale dé licate devait flétrir, mais encore que la loi positive aurait condamnés aux peines les plus infâmes, s'ils avaiec été traduits, comme de simples mortels, devant les iri bunaux.

Cependant le paganisme subsistait encore malgré k philosophie, et, bien qu'il ne fût point difficile, mêi e aux esprits les moins pénétrants, de remarquer cet écart entre la morale et la religion, le culte n'était pas abandonné. Au contraire, il se fit à cette époque une espèce de restauration religieuse, qui dut consolider le paga-

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