‹ Les moralistes sous l'empire romain [microform]: philosophes et po ètesChapitre 15 sur 139 · Lettres XVII, XVIII, XX · texte numérisé non relu

Lettres XVII, XVIII, XX

24 LA MORALE PBATIQUB

Il peiii paraître étrange de voir l'opulent philosophe, tiu milieu de ses palais, de ses jardins, de ses statues et de ses mosaïques, faisant, pour ainsi dire, les honneurs à la pauvreté. Sans doute Timaginalion d'un riche blasé pouvait se complaire dans ces rêves d'humilité ; mais des raisons plus sérieuses donnent du prix,à ces méditations plus sages qu'elles ne paraiss !nt/ï)ans une société aussi peu stalle que celle de l'empire, il est naturel qu'un philosophe opulent, averti par les vicissitudes des palais, s'impose des privations, pour n'être pas pris au dépourvu, et comme le dit oéoèque lui-même, imite !a recrue romaine, qui apprenait à l'aire les armes contre un mannequin *.\\Celte manière de s'amuser avec un malheur imaginaire, mais possible, est au moins spirituelle; il y entre même un peu de prudence. Sinèque se familiarisait d'avance avec la pauvreté, qu'il pouvait connaître un jour malgré son grand âge. Il vivait à la cour de Néron, il était riche, en crédit, éloquent : c'est plus qu'il n'en fallait pour prendre ses mesures afin de n'être pas surpris.

/^/ Mais, en s*exer«,'ant à la pauvreté, il ne veut pas qu'on imite ces riches qui, pour obéir à un mode de temps et après avoir épuisé toutes les recherches de l'ostentation, s'amusent à jouer à la pauvreté*. A cette époque, la faiigue du luxe avait établi à Rome un usage bizarre. Les rich- s, dans leurs magnifiques demeures, se ménageaient un réduit qu'ils appelaient la chambre du pauvre, où ils se retiraient à de certains jours, pour y manger à terre, dans des vases d'ar^âle, pour y goûter, en quelque sorte, les délices inconnues de la privation et de la mihère. Était-ce pour rendre, par le contraste,

1. Exerceamur ad palum, et ne imparatos fortuna deprehendal, fiât nolii^ paupenas fatiiiliaris. fetfre xvm.

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