Lettre X\lll. — Consol. ad Ilelv
du prix à l'opulence, ou plutôt n'était-ce pas la dernière fantaisie de la satiété et de l'ennui aux abois? Sénèque veut que cet exercice soit une expérience et non pas une imitation de la pauvreté. Lucilius doit se réserver do temps en temps trois on quatre jours et quelquefois davantage, pour coucher sur un grabat véritable, fc nourrir de la plus chétive nourriture, afin de pouvoir se dire avec assurance ; Voilà donc ce qui faisait l'objet de mes craintes. C'est ainsi qu'on amortit les coups du sort et qu'on dérobe, pour ainsi dire, ses armes à la fortune*.
Ce n'est pas sans ingénuité que le maître nous met sous les yeux tous les détails de sa pauvreté factice» Il s'exerce non-seulement à ses privations, mais encore à la mauvaise lionte qui l'accompagne. Ainsi, il se rend à sa campagne sur une misérable charrette traînée par des mules étiques et dirigée par nn muletier à pied et sans chaussure. Il est heureux de cette équipée, et cependant il nous confie qu'il rougissait, quand il était rencontré par les petits-maîtres de Rome, qui faisaient voler des Ilots de poussière sous leur char précédé de coureurs numides et emporté par des mules appareillées*. Sans doute, cet exercice n'est pas aussi sérieux que l'exercice chrétien. Cette humiliation volontaire du riche qui se fait pauvre n'est souvent qu'un détour de r amour-propre, une nouveauté piquante, une recherche d'élégance, un souvenir de l'antique pauvreté romaine. Mais à Rome, sous l'empire, à une époque où le cultede la richesse était une véritable idolâtrie, ces épreuves morales, dont il ne faut pas exagérer l'importance, ne sont
1. Grabatus ille verus sit et sagum et panis dunis ac sordidus. Hoc triduo et quatriduo fer, interdum plaribus diebus : ut noa lusus sit, sed exppiimentum. Lettre XV III.