Leltre LXXIV
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qui est mort, inanimé dans son livre, c'est le dogme stoïcien; ce qui est durable, vif et pénétrant, c'est ce qu'il ne tire que de son esprit et de sou cœur, ce qui est humain, simple, uni, en un mot, ce que son amitié pour Lucilius lui inspire de vérités accommodantes et pratiques.
Oui, ce qui rend le stoïcisme de Sénèque persuasif, c'est que, sous l'austérité du philosophe, on trouve un homme. 11 suffit de parcourir le commencement de toutes ses lettres, où l'on rencontre toutes les sollicitudes de l'amitié, et celte grâce du sentiment qui ajoute Tautoiité du cœur à celle de la doctrine, pour se convaincre que Sénèque n'était pas un stoïque impassible, (^t- la louche, réjouit et donne de la confiance au lecteur. On aime à voir encore comment, malgré sa morgue stoïcienne, il comprend et explique les sentiments humains et les affections sensibles, tout en les combattant. On les voit d'ailleurs paraître et percer à travers le manteau stoïque dont il se pare trop souvent*. On ne trouve pas chez lui ce renoncement absolu et ce goût de la perfection impossible qui parait dans Épictète. A Dieu ne plaise qu'on en fasse un crime à cet esclave qui avait connu toutes les tortures physiques et morales de sa condition, et qui, par une sorte d'héroïsme nécessaire qui n'enlève rien à sa gloire, se retranchait aveuglément toutes les passions, tous les désirs qu'il ne pouvait satisfaire. Mais aussi on sait gré au grand seigneur, philosophe de profession, d'être resté lui-même dans ses écrits, de n'avoir pas étalé plus de rudesse pour se faire pardonner sa haute fortune, et de nous prouver sa sincérité en se montrant dans ses livres tel qu'il paraissait, lorsque, entouré d'hou-
1. Annœum Serenum, carissimum milii, tam immodice flevi, ut, quod minime velim , inter exempta sim eorum, quos dolor \icit. Lettre LXIIL
LA MORALE PRATIQUE
DANS LES LETTUi:.s DE SÉNÈQQE.
neurs et d'amis, il conveisait avec urbaDité dans ses beaux jardins*.
Et ce qui prouve encore que Sénèque n'était pas un dëclamateur, c'est le ton persuasif et plein d'onction qu il prend sans effort quand il dépeint les plaisirs de la vertu et le calme d'une âme bien réglée *. Alors il est pénétrant et prouve par Tabondance, la grâce et la justesse de ses expressions qu'il a connu et goûté toutes les délices de la sagesse. C'est le sujet qu'il préfère; de temps en temps il le traite avec amour, et l'on sent que c'est pour lui une occupation d'élite de décrire les paisibles et fortes joies de la véritable philosophie.
De la scolastlque stoïcienne dans les lettres de Sénèque.
Nous n'avons pas fait difficulté de reconnaître que Sénèque s'est parfois trop étroitement attaché, pour un philosophe pratique, à certains dogmes outrés du stoïcisme et qu'il a vanté avec une emphase inefficace et importune l'idéal surhumain et chimérique de l'école. Et pourtant nous voudrions maintenant le défendre contre ceux qui lui reprochent d'avoir adhéré aveuglément aux erreurs les plus puériles de la doctrine. Qu'on ne se hâte
1 Oualis ^ermo meus esset, si una sederemus aut ambularemus, illaboratus et facilis, taies esse epistolas meas volo. Lettre iXXV 2. Mihi crede, res severa est verum gaudium. Lettres XXIII,