Lettre CVIII
2. lUem et docenli et discenli débet esse propositum : ut ille prodesse velit, hic proficere. Ibid,
l'écOle est un lieu de divertissement où l'on va comme au\héâtre se faire caresser l'oreille par une belle voix. II y a les gens à tablettes, les preneurs de notes, dont le zèle serait respectable s'ils marquaient la substance du discours, mais qui ne saisissent au vol que des paroles pour les débiter à d'autres qui n'en feront pas plus de profit ; vous en voyez qui paraissent fort touchés, qui reflètent sur leur visage tous les sentiments de l'orateur, se laissent allumer par son feu, mais s'éteignent en sortant; enfin, des hommes graves, plus ravis par la beauté des pensées que des paroles, prennent sur place de bonnes ré.^olutions, mais incapables de les porter b^e loin ils les perdent en route avant d'être rentres chiz eux.' Pour bien faire, le disciple doit écouter le maître sans préoccupation étrangère à la philosophie. Qu'il ne soit pas délicat sur la forme, qu'il ne remarque m les métaphores vicieuses, ni les expressions hors de mode». Sénèque ne parle pas autrement que Bossuet, qui disait : -. « Il ne faut pas ramasser son attention au lieu où se trouvent les périodes, mais au lieu où se règlent les mœurs». » Qu'on se borne donc k recevoir les leçons utiles, et qu'on s'en remplisse le cœur de manière à convertir le discours en actions : Ouœ faerunt verba, sint opéra. Les prescriptions de Sénèque sur la lecture ne sont pas moins pratiques. Il recommande à Lucilius de ne lire que des livres choisis, et de se contenter de ceux oui se rapportent aux mœurs». Lui-même est si scrupuleux sur ce point qu'il s'excuse de lire la métaphysique de Platon, et qu'il se croit obligé de montrer que ces
1 Non ut verba prisca aut ficta captemus et iranslationes improbas, sed ut profutura praecepta et magnificas voces et animosas, quae mox in rem transferanlur. Ibid.