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UN POÈTE STOÏCIEN. 115
Cornutus*. On peut se figurer le ton plein de gravité et ^'^^^i"^ de complaisance réciproque qui devait régner dans cette réunion d'élégants esprits appartenant à la même secte et au même parti politique. Le bouillant Lucain, avec l'hyperbole ordinaire de son langage, la première ftis qu'il entendit la lecture d'un ouvrage de Perse, poussa des cris d'admiration : c Voilà de la vraie poésie ! Mes vers, à moi, ne sont en comparaison que bagatelles* ! » On reconnaît là l'intempérance de Lucain et la violence de ses premiers mouvements dans l'admiration ou dans la haine. Perse et Lucain ont-ils été bien unis ? On en peut douter. La solidité morale du satirique devait juger sévèrement la fougue inconstante et les déplaisantes con- Ç^^^^^^^^vv tradiclions de Tauteur de la Pharsale. Sans doute Lucain a pris plaisir dans son poème à se montrer stoïcien, il exalte les héros de la république, il fait sonner haut le mot de liberté ; mais ce républicain d'imagination flattait Néron, et, dans le même ouvrage où il glorifiait avec une fierté sans mesure Gaton et tous les soldats de la liberté, il adressait des vers adulateurs au tyranjasquau moment où, blessé dans son amour-propre de poëte par le prince, :îOn rival en poésie, il fit contre lui des vers satiriques qu'il paya de sa vie. Lucain paraît avoir été un mondain entraîné par Sénèque à la cour, dont l'imagination mobile flottait entre tous les extrêmes, à la fois courtisan et déclamateur stoïque, enthousiaste inconsistant, couvrant sa faiblesse de jactance espagnole, qui vécut, comme il écrivait, avec emphase, qui garda cette inconséquence jusque dans sa mort, et, après avoir
1. Cornutus illo tempore tragicus fuit. Vie de Perse. — Lucain avait laissé une Médée inachevée; Perse avait composé une de ces tragédies romaines qu'on appelait prétextes.
2. Vie de l'erse. Le texte ici paraît corrompu, mais l'exclamation de Lucain est assez vraisemblable.