‹ Les moralistes sous l'empire romain [microform]: philosophes et po ètesChapitre 48 sur 139 · Lettres XU et X · texte numérisé non relu

Lettres XU et X

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UN POÈTE STOÏCIEN

UN POËTE STOÏCIEN

mules consacrées de la philosophie, mais q-ai au fond de son cœur, et d'une voix inintelligible, ne forme que des vœux ignobles. • Sagesse, honneur, vertu, voilà ce qu'on demande tout haut, pourêtre entendu du voisin; mais voici la prière qu'on fait en dedans et qu'on murmure entre ses lèvres : « Oh! s'il m'était donné de voir le magnifique convoi funèbre de mon oncle !... Si mon pupille, dont je suis le plus proche héritier, et que je serre de près, pouvait recevoir son congé! Car enfin ce serait un bonheur pour lui : il a des ulcèreî-, la bile l'étouffé et le ronge.... Eh bien! c'est pour faire ds pareils vœux, pour les faire bien dévotement, que vous allez le matin plonger la tête dans le Tibre deux fois, trois fois, et purifier vos nuits dans l'eau courante. » Perse, là-dessus, interpelle ce pieux personnage : « Ah çà! dites-moi donc un [leu, pour qui prenez-vous Jupiter* ? t Ces vers sont pleins de force etd'esprit, mais d'un esprit qu'il faut souvent un peu chercher. N'est-ce pas une chose bien observ(?equele ton doux et charitable de ces vœux meurtriers? Le bonhomme désire la mort de ses parents, mais pour leur bien. On aura la délicatesse de faire à l'oncle de balles funérailles. Ce pauvre pupille, chélif qu'il est, sera plus heureux quand la mort l'aura délivré de la maladie. Tartufe n'eût pas mieux dit, luiqui sait si bien

.... Rectifier le mal de raction Avec la pureté de son intention.

Cette polémique religieuse de Perse a de la portée, et n'est pas seulement un jeu d'esprit poétique; ce sont les principes d'une haute philosophie, d'une morala

pure, opposés aux pratiques niaisement criminelles de la dévotion païenne. Ainsi parlaient Socrate et les chefs des grandes écoles que nous citerions volontiers ici, s'il ne valait mieux montrer, pour faire honneur à Perse, que ces beaux vers ont encore le mérite de devancer les enseignements de nos orateurs sacrés. Bourdaloue ne semble-t-il pas avoirprésente à l'esprit celte satire de Perse quand il dit : a Un des désordres des païens, si nous en croyons les païens eux-mêmes, c'était de recourir à leurs dieux et de leur demander, quoi ? ce qu'ils n'auraient pas eu le front de demander à un homme de bien.... Cela nous semble énorme, insensé; mais en les condamnant n'est-ce pas nous-mêmes que nous condamnons*? « Fénelon dira: «Ne prétendez pas rendre Dieu le protecteur de V9tre ambition, mais l'exécuteur de vos bons désirs. • Qu'on nous permette de\ faire un rapprochement plus singulier et plus curieux de Perse avec Bossuet, dont la brusquerie sublime et la familiarité hardie savent donner quelquefois h. une sainte éloquence les allures de la satire. N'est-il pas en effet un grand satirique, Bossuet, quand il fait entendre les prière? intéressées des faux dévots? Admirable dialogue entre l'hypocrite, qui cherche à circonvenir Dieu même par de doucereuses paroles, et Dieu, qui repousse ses indignes prières. « Que vous seriez un grand et aimable Sauveur, si vous vouliez me sauver de la pauvreté! — Combien lui disent en secret: Que je puisse contenter ma passion 1 — Je ne le veux pas l — Que je puisse seulement venger cette injure ! — Je vous le défends I — Le bien de cet homme m'accommoderait. — N'y touchez pas, ou vous êtes perdu 1 — Mon Sauveur, que vous êtes rude! » Voilà le personnage de

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