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l. Sermon sur la Prière'
UN POÈTE STOÏCIEN
UN POÈTE STOÏCIEN
Perse : il a changé de religion, mais il est resté le même. Ses demandes, ses plaintes discrètes, telles qu'elles sont exprinu^'es par Bossuet, sa déconvenue, vous paraîtraient même plaisantes et feraient sourire, si Téloquence impérieuse delà réponse divine ne vous rappelait à de plus graves î-entiments*.
Après avoir confondu l'hypocrite, le poète libre penseur raille une autre espèce de superstition, celle de ces bonnes gens qui, en accomplissant toutes sortes de cérémonies minutieuses et vaines, demandent au ciel, par exemple, do préserver leur enfant du mauvais œil et de lui accorder la richesse, le succès en amour, d'impossibles [jrospérités, en un mot toutes les faveurs. Perse change de ton et se relâche de ses rigueurs pour déciire de si innocentes folies ; dans des vers pleins de grâce, d'une grâce austère et concise, il nous découvre un intérieur romain et nous fait assister à une scène domestique ridicule et touchante dans sa naïveté. — « Voyez-vous cette ^'rand'mère ou cette tante craignant les dieux! elle tire reniant du berceau, promène le doigt du milieu sur son iront et sur ses petites lèvres humides, pour le puriher avec la salive lustrale. Elle est si sûre que c'est h le moyeu de le préserver des mauvais regards! Cela fait, elle le secoue un peu dans ses mains, certaine que cet
1. Sermon sur la nativité de Notre-Seigneur. — Bossuet, selon son usage, a refait plus d'une fois ce dialogue. Ailleurs, l'orateur sacré ose employer contre les faux chrétiens des termes dont la noble trivialité nous paraîtrait auiuurd'hui choquante : « Les aflaires irnporlantes qu'on recommande de tous côtés dans nos sacrihties, ne sont-elles pas des aflaires du monde? Et plût à Dieu du moms qu'elles fussent justes ; et que si nous ne craignons pas de rendie Dieu et sts saints le> ministres et les partisans de nos intérêts, nous appréhendions du moins de les faire complices de nos crimes!... C'est pourquoi, dit le Seigneur, je déteste vos observances : vos oraisons me font mal au cœur. »» Serm, sur la dévotion à la sainte Vierge.
enfant, maigre et chétîve espérance de la famille, va être, giâce à son humble prière, envoyé en possession des domaines de Licinus et des palais de Grassus. Que !e roi, s'écrie-t-elle, que la reine le désirent pour gendre! que les jeunes filles se l'arrachent un jour l que, partout où il mettra les pieds, il naisse des roses I Pour moi, ce n'est pas une nourrice que je chargerais de faire des vœux. Ne Técoute point, Jupiter, qnand même elle t'adresserait ces prières tout de blanc habillée *. » Le poète stoïcien, fidèle à sa doctrine, n'admet que les prières qui ont pour objet les biens de l'âme, les seuls biens qu'on ne se repentira j. mais d'avoir demandés. Quant aux avantages extérieurs et matériels que les nourrices, les femmes et les grands parents ne manquent jamais de comprendre dans leurs vœux à la naissance d'un enfant, ils peuvent devenir précisément une cause de malheur. Dans les sociétés antiques surtout, la richesse, les honneurs, la beauté amenaient souvent à leur suite bien des catastrophes, ainsi que Juvénal s'est donné la peine de le prouver dans sa dixième satire par de nombreux exemples tirés de l'histoire romain». Ces sortes de prières peuvent être pernicieuses, disaient les philosophes; la prière exige beaucoup de prudence : il n'y a rien de plus fou que de demander étourdiment aux dieux des maux en pensant leur demander des biens et de chanter la palinodie un moment après. La prière en effet, chez les païens, établissant entre l'homme et les dieux une sorie de contrat que ceux-ci étaient censés exécuter à la lettre, il fallait bien peser ses paroles de peur de solliciter une chose qui pouvait être nuisible. Aussi les philosophes admiraient-ils la courte et vague prière des Lacédémoniens, qui, sans rien précirSer, de-