III
UN POÈTE STOÏCIEN
des centurions; il ne leur ménage pas les plus dures épilhèles. A ces balourds brutaux, il se croit en droit de parler avec brutalité; à ces ignorants glorieux qui se picj-uaient de ne rien comprendre à la langue philosophique, et qui, au dire d'un ancien, pensaient qu'un coup de pied est un syllogisme, Perse riposte par une sorte de coup de poing poétique. De pareils vers devaient plaire à la société des patriciens et des philosophes hosliles au pouvoir. Avec ces puissances de bas étage, on se mettait à l'aise, on leur répliquait sans façon ; et tandis qu'on était obligé d'envelopper sa pensée quand on voulait dire des vérités à la cour, cette fois on avait le plaisir de ne pas se gêner, et si on ne pouvait toucher au prince, on avait du moins la joie de malmener son satelhte.
En parlant de ces sentiments hostiles aux princes, gardons-nous pourtant de croire que cette société de frondeurs soit composée, comme on le répète, de républicains faisant la guerre à l'institution impériale. Perse n'est pas plus républicain que Juvénal, sur lequel on a fait tant de phrases vaines. Nous avons trop l'habitude d'api)liquer à l'antiquité nos distinctions et nos cadres politiques. La question n'était pas à Rome entre la république et la monarchie, par la raison qu'il n'y avait pas de monarchie. L'empire n'était qu'une forme de la république. Les institutions sont les mêmes, rien ne parait changé; et si le pouvoir demeure entre les mains d'un seul, c'est une chose dont presque personne ne songe à se plaindre, d aoord parce que sous la république même les exemples n'étaient pas rares de la puissance gardée entre les mains d'un seul, ensuite parce qu'on était persuadé qu'un si vaste empire avait besoin d'une seule tête. Lts conspirateurs mêmes ne songent pas à renverser les institutions : ils ne demandent qu'un meilleur gouvernement. 11 y a d •' Shakspeare un mot d'une
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UN POÈTE STOÏCIEN
UN POÊFE STOÏCIEN.
profondeur historique admirable et qui peint bien l'état des esprits à Rome. Quand Brutus, après la mort de César, harangue la foule et annonce qu'il a tué le tyran pour rétablir la république, la foule s'écrie : « Nommons Bru tus César î » Voilà bien les sentiments politiques des Romains depuis cette époque : on aspire à changer les hommes, non les choses. Ni Thraséas, ni Tacite, ni Juvénal, ni Perse, ni les patriciens si fiers, ni les philosophes H agressifs ne réclament une autre forme de gouvernement. Ils regrettent tous les vieilles mœurs de Rome, les anciens usages politiques qui ne sont pas incompatibles avec l'empire ; ils s'indignent de voir le sénat envahi par des créatures du prince, par des affranchis : ils s'élèvent contre les abus du despotisme, ils détestent la folie de Galigula, l'imbécillité de Claude, la cruauté de Néron, ils déclament contre la corruption de la cour; mais qu'il paraiss^i un Nerva ou un Trajan, qu'ils reviennent les temps où il est permis de dire ce que l'on pen>e et de penser ce que l'on veut, ils se trouveront salisldits et diront à l'envi qu'on est revenu aux plus beaux temps de Rome. On n'attaque pas l'empire, mais les mauvais princas; et les hommes héroïques qui ont engagé leur vie dans la lutte sont dévoués non à la république, mais à la chose pubHque.
Idées nttéraires de Persd.
Les opinions littéraires de Perse et de ses amis touchent encore à la morale et à la politique. Les stoïciens
formaient une sorte de parti dans les !«"««' q^f^/j séparaient pas des mœurs, et ils poursuivaient la cor up ou jusîue dans le style. Chez tous les penp'es, qu-d la'^^ittéritnre déchoit, on »« '^''"^"f T pÎ dT es
cette décadence au go-^^f'^^"'-,^. ^ri! ent as e sociétés antiques en général, ces plaintes étaient assez fondées -car dans ces sociétés libres l'éloquence politique ^;'a t^ ;[ rand rôle, elle était si bien le^pre.ier mohile des ambitions et des courages, que sa chute a tou • Isent^ainé celle des lettres et.desnoWes^tud^Au^^^^^^ lnr<,nue SOUS Auguste la carrière fut fermée aux luttes S pUi: l'éloquence et la poésie, privées de grands suiets de sujets vivants, furent obbgees de se rejeter sur es plus minces matières et ne s'épuisèrent plus qu à "L des bagatelles. L'art ne demandant plus m passions \ hardies ui Talent vigoureux, chacun put le cultiver. S e'deSnt une mode, une manie, une contagion, scri- Tj^dtcacles'*. On s'exerçait à la déclamation, on faih d pe vers pour les débiterdaas les fesuns. les ompagn'Ïs et les lectures publiques. Les premiers emneSs encouragèrent ces occupations innocentes, qui Etua ënt les luttes de la vanité à celles de l'ambition Mécène en fin et dd.cat politique, honora la poésie, ad- ÏÎs poètes à sa table, fit les honneurs de leu^^ ri^ convia à d'inoflensifs débats littéraires les hommes de oûsTes partis, et parvint ainsi à calmer les courages en- 0 émi^ des'gue'rres civiles, à les distraire à ,es diarmer à les réconcilier même, car le plaisir na point de
r^eau. Auguste fonda des ^^^^^^''i^J^XZZ de ooésie et d'éloquence, combla les poètes d honneurs et se fa saU un devoir d'assister k leurs lectures, bous iLccessiurs, grâce à la mode. au. encouragements