OuTTU) à-KO xapôîa; çiXeï; xov; àvÔpwnouç, liv. VII
I/EXAMEN DE CONSCIENCE
encore qui se prépare à porter crautres raisins dans la saison. P'aut-il donc être du nombre de ceux qui ne savent pas ce qu'ils fontl — Oui K » Paroles d'autant plus remarquables qa'un stoïcien se piquait de se conduire toujours par des raisons précises, et traitait d'insensés tous ceux qui ne se rendent |»as exactement compte de leurs actions? Marc-Aurèle, en tout fidèle à celte règle, en excepte li bienfaisance, rencontrant ainsi cet autre précepte évaDgélique sur la main droite et la main gauche. Nous versons ici presque au hasard toutes ces pensées charitatjles, sans les rattacher les unes aux autres ni aux principes philosophiques dont elles d''coulent. Il faut, pour en jouir, les voir dans la liht-rté de leur effusion. Les pensées morales sorties du cœur ne doivent pas être strictement enfermées dans les formes d'une raéihode fcolasiique; pour laisser sentir leur vertu et leur parfum, il faut qu'elles s'épanchent et se répandent.
On ne counait pas entièrement Marc-Aurèle quand on n'a parcouru (jue les pensées du souvei ain et de l'homme sociable ; il faut le suivre dans ses réflexions plus intimes, plus religieuses, que l'on est tenté d'appeler ses élévalions. Sans doute il est plus facile dans une lecture solit:^'"- ! i:oùter la substance morale de ces pensées intéiieiirc> tjue de les exposer au grand jour et d'attirer sur ces pieuses méditations la curiosité profane de certains lecteurs. Unj àrae maitresse de ses passions, qui fuit les troubles du monde, qui se tient au-dessus des nuages terrestres de la vie humaine et se recueille dans son apaisement, ne peut offrir aux yeux que l'uniformité du calme ; mais ce calme même n'a-t-il pas sa beauté et sa grandeur? Quand on veut s'élever sur les hauteurs du sentiment moral, il faut savoir supporter la monotonie de la sérénité.
D'UN EMPEREUR ROMAIN
Ce n'est pas un spectacle sans intérêt et sans nouveauté que celui d'uu païen si amoureux de perfection intérieure, qui s'est fait une solitude au milieu des affaires et des hommes, et, devant l'id-'al de vertu que la philosophie lui propose, travaille k son âme avec une tendre solUcitnde, comme un artiste qui voudrait accomplir un chef-dŒ'Uvre, et qui naïvement, sans vanité, pour se satisfaire lui-n.ême, retouche sans cesse sou oiivrage En sentant approcher la fin de sa carrière : « Tu es vieux, se dit-il, songe que l'histoire de ta vie est complète, que tu as consommé ton ministère... Pense h ta dernière heure. » C'est dans ces dispositions suprêmes qu'il se survtille, se gronde, s'encourage, se rassure, pour mettre la. dernière mam à sa culture morale.
Peu de nos livres de piété font aussi bien sentir ce qu'il peut y avoir de prolit moral et de tranquille^ jouissanceii dans la solitude que l'âme se fait à elle-même pour sanctiher ses pensées. Marc-AnrMo ne veut plus avoir souci que de sou âme : « Chasse loin de toi la soif des livres... Il ne s'agit plus de discuter. « Comme VËcclèsiaste, il craint de trouver dans de trop longues études trouble et ulfîiction d'esprit : « C'est au dedans de toi qu'il faut regarder; là est la source du bien, source intarissable, pourvu que tu creuses toujours. » Mais ce n'est pas pour se livrera de molles contemplations et à de vagues extases. Il tient son âme entre ses mains, il la possède, il ne la laisse pas errer, il la contraint « à soumettre les cho>es à un solide examen. » Il garde sous ses yeux un certain nombre de maximes courtes, londameuiales, qui a.ssuient la sérénité de l'âme, « de mèii^e que ks médecins ont toujours sous la nnin leurs instruments. » Il veut pouvoir dire à quoi il {;ense et pouvoir se répoudre toujours à celle question : « Quel est l'usage que je lais aujourd'hui de mon âme ?» Si la rêverie incer-
m «mil 11 , «pur iiîi"™" n|P
ÇilP^"^'
L'EXAMEN DE CONSCIENCE
D'UN EMPEREUR ROMAIN
taine le tente et risque de troubler la netteté de son esprit, il la chasse ou plutôt il reconduit avec une bonne grâce impérieuse, en maître qui, sans s'irriter, sait se défendre conire les importuns : « Que fais-tu donc ici, imagination? Va-t'en, au nom des dieux ! Je ne me fâche point conire toi; seulement, va-t'en. » Il veut vivre en présen e et sous les yeux de sa raison, qui est une partie de Dieu : « Comprends enfin qu'il y a en toi-mêmo quelque chose d'excellent et de divin, et qu'il faut vivre daLs l'intime familiarité de celui qui a au dedans de nous son temple. » Ainsi, dans cet examen de conscience , où l'amiur des idées morales va quelquefois jusqu'à l'attendrissement, rien n'est pourtant livré aux aventures de l'imagination ni aux subtilités du sentiment. En se retirant en lui-même, Marc-Aurèle se rapproche de cette lumière que Dieu fait biiller dans tous les hommes, et dans réioignement du monde et le silence des pa>;sions il veut contempler les lois de la raison pour les mieux aimer, pour leur mieux obéir.
Mais quelles joies dans cette solitude intérieure, et comme il s'exhorte à goûter cette paix que procure la parfaite ordonnance de l'âme I « On se cherche, dit-il, des retraites, chaumières rustiques, rivages des mers, montagnes... Retire-toi plutôt en toi-même, nulle part tu ne seras plus tranquille. » Comme il se tient en garde conire les troubles, les dégoûts, le découragement, les tentations , pour se doouer tout entier à la coDtemplation des vertus dont il voudrait faire la règle de sa vie ! « Si tu trouves dans la vie quelque chose de meilleur que la justice et la vérité, tourne-toi de ce côté de toute la puissance de ton âme;... mais, si tu ne vois rien de préférable, choisis, te dis-je, comme un homme libre, ce bien suprême *. » Jamais Marc-Au-