‹ Les moralistes sous l'empire romain [microform]: philosophes et po ètesChapitre 9 sur 139 · Tacite, Annales XIV · texte numérisé non relu

Tacite, Annales XIV

regards. Ces entretiens suprêmes avec les philosophes, ce souci d'une autre vie et cette gravité dans la mort paraissent être devenus à cette époque un usage et comme une bienséance tragique; et Ton s'étonna, à Rome, que l'élégant et frivole Pétrone mourant comme il avait vécu, en épicurien, voulût entendre parler, à ses derniers moments, de chansons et de poésies légères, et non de philosophie et d'immortalité : Nihil de immortalitate animœ et sapientium placitis^\

On voit, dans Sénèque, un condamné qui, jusque sur le champ du supplice, s'occupe de l'immortalité de l'âme avec son philosoph-e; prosequebatur illum philosophus suus. «Je me propose, disait-il au sage qui l'assistait, d'observer, dans ce rapide passage de la vie à la mort, si je sentirai partir mon âme ; et dans le cas où je découvrirais quelque chose sur la vie future, il ne dépendra pas de moi que vous n'en soyez informé.» Sénèque a bien raison de s'écrier que jamais homme n'a philosophé plus longtemps, puisque, non content d'apprendre jusqu'à la mort, il a voulu apprendre quelque chose de la mort même*/

Yoilà bien assez d'exemples qui prouvent que la philosophie n'est plus comme autrefois une simple recherche scientifique, un luxe de l'esprit, une distraction élégante et un exercice d'école. On y cherche un refuge, on lui demande de plus en plus des lumières pour la conduite de la vie, un appui, des leçons de courage, des espérances./ Dans les malheurs publics et privés, c'est elle qu'on implore. Le monde, revenu de la superstition païenne, a mis sa foi dans Thun^aine sagesse et dans ceux qui la professent dignement.XLes âmes d'élite, au-

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