Eunuque j acte III^ se. u
LA SOCIÉTÉ r6mAIK£. 31 1
crédule du patron un peu de ce poison dont la nature et leur patrie les a pourvus, moi, Romain, je suis éconduit, | on m'interdit la porte*. » Pour être juste, il faut recon- j naître qu'il entrait bien un peu de patriotisme dans cette i jalousie, et que la passion du poète était assez clair- I voyante. En effet, les Grecs, partout répandus et partout nécessaires, transforment insensiblement la société romaine, lui imposent leurs coutumes, s'emparent de l'éducation, des écoles, donnent le ton dans les festins et les compi^ies, et pénètrent dans l'intérieur des familles où ils courtisent tout le monde, même la grand' mère. Tartuffe s'assure de madame Femelle. Ils font si bien qu'il devient de mode de ne parler que grec. C'est le langage • favori des dames romaines ; c'est en grec qu'elles disent des tendresses à leurs -amants, c'est en grec qu'elles font l'amour, concumbimt grxce. Non-seulement les mœurs sont devenues grecques, la littérature elle-même va le devenir. Après Juvénal on ne saura plus parler ktin^ Quels sont les auteurs distingués que nous allons rencontrer? Un Apulée, im Fronton, tandis qu'une nouvelle floraison des lettres grecques permettra d'appeler le siècle des Ântonins une renaissance. Ainsi ces petits Grecs si niéprisés, Grxculiy par leurs talents et par leurs vices, et surtout pour être restés fidèles à leurs traditions littéraires et à leurs mœurs polies, se sont emparés peu à peu du monde romain. Malgré les préventions injustes ou légitimes, ils se sont partout insinués dans cette société qui paraissait si bien défendue par sa discipline et sa défiance, et en répandant partout leur esprit par une longue suite d'insensibles infiltrations, il ont fini par opprimer même la langue de leurs vainqueurs.