‹ Les moralistes sous l'empire romain; philosophes et poètesChapitre 137 sur 143 · VAssemhUe des Vieux · texte numérisé non relu

VAssemhUe des Vieux

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iloii de fo loi. Ces citations tronquées , tout en nous «dérobant les détails les plus piquant» de Jk satiro, ^ums permettent cependant de juger Tétat religieux -dxL monde pa!en. La fable, décriée par la philosophi»^ prenait plus d'empire en se transformant. De nouveaux noms, de nouvelles images, des symboles inconnus, menaient rajeunir le paganisme, et par la bizarrerie do leurs mystères, attiraient à la fois la superstition «tupide de la foule et la curiosité raffinée des érudits et <les philosophes.

On se ferait une fausse idée de Lucien, si on se le figurait comme un incrédule qui se contente de relever les puérilités du oulte et les scandales de l'histoire di- 'vine. Les traits du satirique ont souvent plus de portée, et, après avoir traversé la mythologie , vont frapper le fond plus solide de la philosophie. Il fout distinguer ici deux espèces de pamphlets. Les uns, ks lHalogms des JHmXy par exemple, nous initient gaiement à la vie -domestique des habitants de l'Olympe et nous font as* sister, en témoins indiscrets, à leurs entretiens in» times; agréable persiflage, où Tironie ne manque pas de réserve, parce que la nature du sujet et la vérité poétique exigent que l'auteur prête à ses personnages un langage vraisemblable, conforme à la tradition , et h retiennent ainsi dans de certaines limites fixées par le bon goût. Les autres sont des dialogues fantastiques tels que VIoaromémppej Timon le Misanthrope, etc., <}ui ne représentent que des scènes imagindres, et dont les acteurs sont entièrement entre les mains de Lucien» Dans ces vives satires, pures créations du caprice, où .il n'est plus gêné par les textes précis de la fable, il peut être à la fois plus hardi, plus violent et plus bouffon. Sous le nom et le masque de quelqjae philosophe libre penseur et intrépide bavard, il joue Itti^^oâme un

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rAle dtns la eomédift. U n'a riea à méoagei^,. ridu k craindre wma lea haillons da Biogène. Au contraire», la vraisemblanea lui donne le droit et lui faiH même un devoir d'être effronté et insolent, A l'abri de cette fie-* ti(»i, il jugera sans sorupule comme sans péril le oiel et la terre. U n'attaque plus seulement les dieux du paganisme, mais toutes les croyances religieuseS| et confond dans le même mépris les légendes fabuleuses et la science théologique des philosophes. Un de ses plus grands divertissements consista h montrer la folie de ceux qui croient k l'intervention des dieux dans les affaires humaines. Ménippe^ qui voulait savoir k quoi s'en tenir sur le gouvernement divin du monde^ a consulté tou^ les philosophes, qui ne lui ont rien appris de certain. Il prend le bon parti et se glissoi il serait long de dire comment, dans rOlympe, où il voit Jupiter dans l'exercice de ses sublimes fonctions. Le souverain de l'univers est, ce jour-li, de mauvaise humeur, parce que les hommes paraissent l'oublier, que les divinités de l'Egypte menacent son culte, et qu'on ne parle pas plus de lui que d'un trépassé. Cependant, il veut bien s'occuper un peu des afTaires terrestres et prêter l'oreille aux vœux des mortels^ L'un lui demande un royaume, l'autre le gain d'un procès, celui*ci la mort de son frère, celui-là de sa femme. Bientôt il laisse là let hommes et s'avise de régler un instant le monde physique. Il envoie né^igemment et sans beaucoitp de iéflexion la bise souffler en Lydie, soulève une tempête sur l'Adriatique, fait tomber di;x mille boisseaux de grêle ea Gappadoce, et tout cela exécuté avec une majestueuse in&ouciance, il se dirige vers la salle du festin : « C'était l'heure du souper, n Pour qui a vu tous les détails de cette satire, il est évident que Lucien a voulu peindre, npn pas le Jupiter de la fable, mais la

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Providence divine, telle que se la figurent les philosophes aussi bien que les poètes. Dans ce passage et daus beaucoup d'autres semblables, on voit qu'il n'est pas même déiste. A-t-il voulu insinuer, comme on le prétend quelquefois, le fatalisme d'Épicure ? Il est difficile de l'affirmer. II nous paraît inutile, d'ailleurs, de rechercher curieusement à quelle secte il appartient. Car les grands railleurs ne se mettent pas en peine d'avoir une doctrine ; ils se gardent bien de s'enchaîner à un système. II est dans leur goût, aussi bien que dans leur rôle, de fronder l'erreur et non point d'apporter la vérité. Quand même ils ne seraient pas sans cesse entraînés par la mobilité de leur humeur, un instinct secret les avertirait que, pour railler commodément et sans danger les principes d'autrui, il ne faut pas en avoir soi-même, qu'on est ainsi plus léger, moins vulnérable, et pour ainsi dire, hors de prise, et que la plus sûre manière de faire la guerre est. de n'avoir rien à défendre.

Si l'on veut savoir au juste ce qu'étaient devenus les dieux, comment on les traitait, jusqu'où allait l'insolence de l'incrédulité, il faut entendre les paroles que Lucien met dans la bouche de Timon le Misanthrope. On ne peut pas imaginer une profession d'impiété plus claire et plus complète : « Jupiter, protecteur des amis, des hôtes, des compagnons, du foyer, dieu des éclairs, des serments, assembleur de nuages, maître du tonnerre, ou sous quelque autre nom que t'invoque l'enthousiasme insensé des poètes, surtout quand ils sont embarrassés pour la mesure des vers ; car alors tous ces noms sont commodes potir soutenir les chutes et remplir les vides du rhythme ; qu'est devenu le fracas de tes éclairs, le mugissement de ton tonnerre, la flamme blanche et terrible de la foudre ? Tout cela.

on n'en peut plus douter, n'est que bagatelle, fumëe poétique, vain tapage de mots. Ton arme si vantée, qui frappe de loin, toujours sous ta main, elle s'est éteinte, on ne sait comment, elle s*est refroidie et n'a pas gardé la moindre étincelle de colère contre les méchants. A l'homme sur le point de se parjurer^ la mèche d'une lampe de la veille ferait plus de peur que la flamme de cette foudre irrésistible. Il semble que tu ne lances qu'un vieux tison dont ni le feu, ni la fumée ne sont à craindre et dont l'unique effet est de vous couvrir de suie.... Avant peu tu ne seras plus, 6 le plus grand des dieux, qu'un Saturne dépossédé, dépouillé de tous ces honneurs*. » Jupiter finit par ouvrir l'oreille et devine aussitôt d'où lui viennent ces injures : « Quel est cet insolent bavard, dit-il, c'est sans doute un philosophe. » C'était, en effet, la philosophie qui prononçait en riant l'oraison funèbre du paganisme. Il ne faut pas y voir les blasphèmes vulgaires d'un bouffon sacrilège, d'un cynique perdu dans la foule, ignoble disciple de Diogène, accroupi dans un carrefour, et dont les passants méprisaient les aboiements. L'auteur est le plus bel esprit de l'époque, Técrivain le plus renommé, un homme parvenu à la gloire, à la fortune, aux honneurs, un haut fonctionnaire que l'empereur a investi de sa confiance, et qui administre une des plus importantes provinces de Tempire. En proférant de pareilles impiétés, il fallait être certain d'avoir pour complices la société élégante, les lettrés, les philosophes, le monde officiel. Ce qui rend encore ces plaisanteries plus redoutables, c'est que Lucien n'est pas un esprit follement aventureux, qui profane au hasard et à l'étourdie les choses sacrées. Il sait donner de

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