‹ Les moralistes sous l'empire romain; philosophes et poètesChapitre 22 sur 143 · lettre CXVI %. LeUre LXXIV · texte numérisé non relu

lettre CXVI %. LeUre LXXIV

qui est mort, inanimé dans son livre, c'est le dogme «toïcîen; ce qui est durable, vif et pénétrant, c'est ce qu'il ne tire que de son esprit et de son cœur, ce qui est humain^ simple^ uni, en un mot, ce que son amitié ' pour Lucilius lui inspire de vérités accommodantes et pratiques.

Oui, ce qui rend le stoïcisme de Sénëque persuasif, c'est que, sous Taustérité du philosophe, on trouve un homme. Il suffit de parcourir le commencement de toutes ses lettres, où l'on rencontre toutes les sollicitudes de l'amitié, et cette grâce du sentiment qui ajoute l'autorité du cœur à celle de la doctrine, pour se convaincre que Sénèque n'était pas un stoïque impassible. Gela touche, réjouit et donne de la confiance au lecteur. On aime à voir encore comment, malgré sa morgue stoïcienne, il comprend et explique les sentiments humains et les affections sensibles, tout en les combattant. On les voit d'ailleurs paraître et percer à travers le manteau stoïque dont il se pare trop souvent'. On ne trouve pas chez lui ce renoncement absolu et ce goût de la perfection impossible qui paraît dans Épictète. A Dieu ne plaise qu'on en fasse un crime à cet esclave qui avait connu toutes les tortures physiques et morales de sa condition, et qui, par une sorte d'héroïsme nécessaire qui n'enlève rien à sa gloire, se retranchai^ aveuglément toutes les passions, tous les désirs qu'il ne pouvait satisfaire. Mais aussi on sait gré au grand seigneur, philosophe de profession, d'être resté lui-même dans ses écrits» de n'avoir pas étalé plus de rudesse pour se faire pardonner sa haute fortune, et de nous prouver sa sincérité en se montrant dans ses livres tel qu'il paraissait, lorsque, entouré d'hon-

1. Annaeum Serenum, carissimum mihi, tam immodice flevi, ut, quod minime velim, inter exempla sim eorum, quos dolor vicit. Lettre LXUI.

hQ LA MORALE PBATIOUE

atnrs et d*amis, il conversait airec «rbanité dans sas beaux jardias^

Et œ qui prouve encore que Sënèque n'était pas ^u dédamatear, c'est le ton persuasif et plein d'onction qu'il prend sans effort quand il dépekit les plaisirs de la vertu et le calme d'une âme bien réglée '. Alors il est pkiétnuit et preuve par l'abondance, k grftœ et la justesse de ses expresMons qu'il a connu et goûté toutes les éélices de la sagesse. C'est le sujet qu'il préfère ; de temps en temps il le traâe avec amoar^ et l'on sent que elest pour lui usa oc(»ifatio& d'élite de déorire les paisibles et Sortes joies de la véiitable pMlosopbie. '

Dm lA sooUBlliia* atolctfinm» 4eas les IsttMs da Séoftèqua.

Nous n^avoBs pas Mt difficulté de reconnaitre qu» Sénëque s'est pai'fois trop étroitement attaché, perur un pbllosophe pratique, à certains dogmes outrés du stoS*dsme et qu'il a vanté avec une emphase inefficace et iiftportune l'idéal surhumain et chimérique de l'école. M pourtant nous voudrions maintenant le défisudre contie ceux qui lui reprochent d^avoir adhéré aveuglémeot aua erreurs les plus puérQes de la doctrine. Qu'ion ne se hftte

1. QuAb serme meas^sset, si una se^twenms «ut aisbulaioiBaBy HladboraUiset-faoiliSi taies osse epistolas insas volo. LetiK IXXV.

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