‹ Les moralistes sous l'empire romain; philosophes et poètesChapitre 29 sur 143 · Lettre CIL · texte numérisé non relu

Lettre CIL

chrétien encore , il, ezborte son aou, pour mériter ce bûnheur de l'aulre vie, à se noairrir jde ces méditations sur l'immortalité qui épurant nos peojsées, à considéror les dieux comme des témoios^ k leur faire agréer ses actions et à se préparer à Téternlté, en l'ayant sans cesse présente à l'esprit^*

Bans toute cette belle méditation sur l'autre vie» ok les expressions «ont si sereines et le ton si péuétnant, on voit bien que Sénèqpe faisait usage pour lui-mêmie de ces grandes idées de Platon, et que pour lai elles n'étaient pas seulement un texte de spéculation, mais encor« une nourriture lie Tâme \

Je peconmns que pour Sénèque, comme pour Tacile, ce ibonbeur de Pautre vie n'est réeervé qu'aux grandes âmes ; ce ciel est fermé aux peÉte etaoz infinoee, et la gloire céleste ne fait que couroonor laitensestre.Mais du moins a-44I Lien vu par 'quels eiffarts et par queUes vez^ tus on peut mériter cette immortalité, quand, plaçant dane le-ciel .Seipion rAiricain, (non .poinit pour avoir cois* doit de grandes années, mais k cause ie sa modération et de sa piété, il fiiit, pour aBisi dire, une épigraphe à Tioraison fiinèbre du^and Gondé*.

En teffet, il recaDOBBiande scHiveat louJes les vertus pa^ lùfiques, et s'ilève jqnalqueicâs jusqn'à Ja -conoefntion d'une eqf>àoe de cbacità. €e .sentidGaent, qae<GioénDna{H pelait déjà caritaSj est développé par Je sloïcîan^ qui se fiwàdère ci.n>ieiito;aQ^ Bu»de mtiu.

1. Hsec cogîtatio nihil sordidum animo sul)5idere sinit, niliil ttomile, nibil crudele. Deos rerum omnium essé testes ait; illis iBDfi appsobafp^ ittis inifutunnii panori ^ubet et œtevnitatem propo* nere. Lettre CIL

IL Jmabat de.aBtac&itate auiiwawmi qaxewmf xmt, mcdraioules, credere.... Dabam me spei tantae : jam eram iastidio mibi. tbid.

3. Non quia magnos exercitiis d«ziL.-.flfld flb/jgrQgiftm moderationem pietatemque. Let^eLXXXVI.

DANS LES LETTRBS DE SËNËQUB. €3

H TêgasàB tous les homimes oomasie tellement soliéaires y qu'il compare l'humanité à use voûte dont toutefi les pierres se soutiennent. Nous sonmes tous les membres d'un seul corps, les iiommessonl tous paronts^ poisqu'ik ont la même origine et la même destination. G'e«t la nature elle-même qui naos insipire un sentimezvtd'alfection mutuelle et nous i^esid sociables. Aussi^ estnee un plus .grand mal de faire que <k recevoir UEDeinîiure.Creert ijui petit mérite de ne pas Buire aux hommes, quand le devoir commande de les servir. Bien plus, lesndre la nâÎB aunau&agé, indiquer le cheium au vojKai^ujr égsaé et partager son paia Avec le misérable, <oe ne scmt là que les éléments de la. morale ^

Qekii qui avait oociiçu de pareilles idées sur ]s» dharilé dB¥Ût reconnaître l'égalitâ. Sekm Sénèqpie, tous las hommes sont égamx devmt la philofioipUe. Nous sortons tous d'une anême eidgiite, qui esd JMeu, et la vertu sesle établit une diSérfinoe .pairmi ks hommes. La sagesse est à teus; eUe peut tomber daasi -âme d'imichevalier., d'wn affranchi, •d'un eselave, vains nooiB insreutéspar r:amMtîon et le mépris^. Aussi n'est-il pas étonnant qu'inspcM par «de pareils 'fientimeats, Sénèqme ait condrâmé avec âLofuence, lttn^em|M; «ffirautieaixrt Ao^nstin, les .combats de gfladiaÉenirs^ m qpHL ait «éBriit, but ia manière de tnii<ter les escbwes, une lettas teillemeat remédie de ce sentiment de la solidarité humaine , qu'on croirait lire le discours d'un tribun, tant json Jndignaition est impmi-

1. WanfcB^o maanm pondgat, «foiiiaBlti wam numstFBi, eenatesar XMDte panem suuni di^vddat? eA&,...l£U/iieS£îVf XLVIII, CMI.

2. Qttid est a^ues RQmaiiu% &uX m)esttnus, Aut servuffflNctmâiia ex ambUione aut ex isj (uia«&ata. Lattre XXX. IBona aoess emniioiis patflt : omnes ad Iloc suouis jiobilm. .LeUre ^UW..

2, Bomo^sacsa rea Aamia^, jam icr imBmnot jnlromionmytitBr lettre XCV. . .

dente^ tant est vif le s^timent des droits humains mé* connus'.

Ce sont^ sans doute y ces admirables passages, remplis d'un esprit presque chrétien , qui font dire encore aujourd'hui à des adversaires de Sénèque qu'il avait empruuté sa morale à saint Paul, supposition gratuite qui ne fait que rehausser le mérite du philosophe païen, puisque ses détracteurs eux-mêmes semblent ainsi rendre hommage à la beauté de sa morale, tout en voulant lui en dérober la gloire.

Je ne fais point difficulté de reconnaître que toutes ces grandes idées de Sénèque ne sont qu'entrevues, qu'elles ne sont le plus souvent que les nobles aspirations d'un libre esprit qui s'élève un moment au-dessus de sa propre doctrine , ^t qu'on n'y rencontre pas le gentiment vraiment chrétien de Thumilité. Cette vertu n'était pas familière aux stoïciens. Ils font profession de braver la fortune, de provoquer le malheur et de s'égaler aus dieux. Ce langage, dont le sens est moins arrogant qu'il ne paraît, montre cependant les prétentions de la secte

Toutefois, on trouve chez les stoïciens une sorte d'humilité. Se soumettre sans murmurer aux lois éternelles, céder à la volonté de la nature de Dieu, reconnaître sa faiblesse et son peu d'importance dans ce

1. Ce qu'il y a de plus hardi^ c'est un parallèle des maîtres et des esclaves où Sénèque montre que ceux-ci sont souvent supérieurs k ceux-là, parce que^ du moins, ils ne sont pas esclaves volontairement. Ces idées. étaient d'autant plus dangereuses qu'il y avait à Rome des esclaves d'un grand mérite. Montrer le mérite des classes opprimées, c'est les appeler au dfoit commun. C'est là Torigine de toutes les révolutions sociale^. Aussi Sénèque reconnaît son imprudence, sans pourtant en redouter les suites : dicet nunc allquis aie vocare ad pileum servos et dominos de fastigio 800 dejicere. Lettre XLVIL

monde, voilà une espèce d'humilité qui souvent inspire Sénèque et qui remplit le livre de Marc-Aurèle. Mais à l'égard des hommes ils sont fiers et roides, et, slls supportent sans se plaindre la nécessité immuable, ils ne sont point endurants pour l'humanité.

On sait que les philosophes stoïciens, comme les chrétiens, étaient regardés de mauvais œil par les empereurs, qui les soupçonnaient- de vouloir troubler l'État. Vespasien alla jusqu'à les chasser de Rome. Ces soupçons ne manquaient pas de fondement ou du moins de prétextes. La morale stoïcienne devait paraître provocante à des maîtres ombrageux, et tout prouve d'ailleurs que les stoïciens étaient audacieux dans leur langage, et que quelques-uns aspiraient à une sorte de martyre civique *.

Sénèque, plus humain, témoigne, comme les chrétiens , de scm respect pour les puissances, et justifie le stoïcisme en déclarant qu'il n'y a point de secte plus paisible et plus amie de l'humanité; il montre que les philosophes recherchant avant toute chose la paix que reconunande la philosophie, ils sont pleins de reconnaissance pour ceux qui leur assurent cette sécurité à laquelle ils aspirent^. Ëpictète se défend à son tour, mais plus vivement : Que nous importent vos palais, vos clients, vos habits magnifiques, vos joueurs de flûte? Est-ce que nous vous les disputons? Lk-dessus nous vous cédons, mais cédez-nous en retour sur la science et la morale que nous connaissons mieux que vous '.

1. Plerique par abrupta^ sed in nuUum reipublicœ usum, ambitiosa morte inclanierunt. Tacite, Agr.,A2.

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