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jBapproch^meAt siogulier qui fait honneur au^ stoïciens ! Les chrétiens, en butte aux mêmes soupçons ^t k de plus cruelles persécutions, se défendaient de la même manière, et, pour prouver l'innocence de leurs intentions, ils déclaraient qu'ils renonçaient aux biens ie jçe monde et qu'ils ne demandaient qu'à adorer avec un (esprit pacifique le Bieu de leur religion.
Par ce qui précède , on voit que les idées du philosophe sept quelquefois si pures et si religieuses , qu'elles semblent empruntées h quelque Père de l'Église* Mais, si nous entrons plus avant dans l'étude de ces lettres, nous trouverons encore des sentiments et des prescriptions qui nous permettent d'appeler Sénèque un directeur dfi cQn3ciei|ce.
Ainsi, son amitié pour Lucilius n'est pas une amitié ordinaire et mondaine. C'est une sorte d'union religieoad où les deux amis ne font qu'un seul cœur en philosophie. Le langage de Sénèque est celui d'un père spirituel : Lucilius est son enfant; ayant vu ses généreuses dispositions, il a mis la main sur lui, il l'a exhorté, il a guidé ses premiers pas ; il ne cesse de le surveiller. Quand il apprend que son disciple devient meilleur et qu'il fait des progrès dans la pratique, le maître se réjouit, il l'encouiage, il va jusqu'à le supplier de persévérer. Le vieux philosophe se sent renaître dans son ami comme le père reverdit dans la jeunesse de son fils. Il vit en esprit avec Lucilius, il l'entoure tellement de toute sa sollicitude qu'il assiste, pour ainsi dire, à toutes ses actions ; en un mot, il. est avec lui, tecvmsum*.
Le langage de Sénèque est encore celui d'un directeur iQûral, quand il doxme des instructiops sur la nwûère
1. Tecum sum. Sic vive, tanquam quid acias auditurus stzQ : imo tanquam visurus. Lettre 3^XXU. — Âssero te mibi. Meum opus eB. Lettre XXXIV. Voy. Lettres U, IV, V, XIX, XX, XXXI, etc.
DANS LSS LSTTEES DE SËKÈQUE. 67
d'easseigner la philosophie. Qu'on nous pei^Mtte d« dire qam Sénèque a fait ane eicellente thé<irie da sermon moderne. Les Romains de cette époque, noua Vm^aa^ dft^ avaient transforme renseignement de la morale, et les philosophes, renonçant à la fonne didactique de la philosophie spéculative des Grecs, faisaient souvent de véritables homélies devant les hommes de toute condition et de tout âge qui se pressaient autour de leur chaire. Dans ces discours animés, dans ces harangues morales^ qu'on appelait des Exhortations^ l'auteur n'eaposait pas une doctrine, il prêchait dans toute la force du tenae, tantôt avec une conviction éloquente, tantôt avec une certaine ambition littéraire et mondaine. Il faut entendre Taccent indigné ou railleur de Sénèqtie quand il parle de ces irains orateurs qui ne voient dans la morale qu'une matière à d'élégants discours, qui ne «ongent qu'à leur réputation et cherchent rapplaudisseinent; non .pas qu'il dédaigne. Féloqu^ce, il l'admire, au contraire, quand elle est naturelle et sincère, quand elle n^est parée que de sa force "Virile, quand c'est le cœur qui la rencontre et non l'esprit qui la cherche. Quoi I vous pemez à vous faire admirer devant des malades qui implorent votre seeounsy vous n'offrez que des pbraees à des désespérés qui tendent les bras vers vous. Âpportez^nous la lumière de la vérité, exhorte^^moi à supporter les dilBcultés de la vie, parleE-moi de piété^ de justice , de tempéraJMe^ de diameté; je n'ai que faire de vos gentilleesefi oratoires. Que je remporte quelque leçou salutaire, quelqtie résolution généreuse, et qu'en rentrant chez moi je sois meilleur ou plus capable de le devenir. Le philosophe* doit réformer les maroife, préparer les âmes avec art^ pois les pousser avec vigueur , sans s'amuser à des argutoefits ' subtils, sans rechercher les délicatesses de l'esprit, et songer toujours que le discours le plus sensible et le-
plus profitable est celui qui ne s'attache qu'au remède et n'a pour but que le bien des auditeurs ^ En un mot, Sénèque demande comme Bossuet : « Non un brillant et un £n d'esprit qui égayé , mais des éclairs qui percent^ tm tonnerre qui émeuve , un* foudre qui brise les cœurs ". »
Sénèque avait entendu, dans sa jeunesse, les plus célèbres de ces orateurs nouveaux qui s'étaient si vivement emparés des âmes. Il nous les peint avec une certaine complaisance émue et souvent avec la plus lumineuse précision. L'éloquence de ces sages fait penser à celle de nos grands sermonnaires, et quelquefois on est tenté de placer un nom moderne au-dessous de ces portraits romains. Voici, par exemple, Sextius qui a vraiment les apparences d'un Bossuet. Il entraînaitrassemblée par sa parole hardie, pleine de mouvements imprévus et de comparaisons magnifiques. Même en lisant ses discours, Sénèque s'écriait encore : « Grands diQuxI quelle vigueur et quelle âme? il est au-dessus de l'homme; il me renvoie toujours plein d'assurance et de foi. Dans l'enthousiasme qui me transporte, je défie la fortune et voudrais me mesurer avec elle. Si haut qu'il place le souverain bien, il ne le rend pas accessible à nose fforts, et en excitant en nous l'admiration de la vertu, il ne nous . ôte pas l'espoir delà conquérir.... Croyons donc Sextius quand, joignant le geste à la parole, il nous crie : «C'est par ici que l'on monte au ciel; la frugalité, la tempérance, la constance, voilà les chemins. » Les deux Sextius^»
1. Relictis ambiguitatibus et syllogismis. Lettre CVIIL Âd rem commoveantur, non ad verba composita. Lettre LU.... Undique ad te manus tendunt... veritatis lumen ostendas. l€«r« XLVIII. Oratio remedio intenta et totum in bonum audientium versa. Âut sanior domum redeat, aut sanabilior. Lettre GVIII eipassim,