‹ Les moralistes sous l'empire romain; philosophes et poètesChapitre 33 sur 143 · Nicole, Manièred^étudier chrétiennement, fin · texte numérisé non relu

Nicole, Manièred^étudier chrétiennement, fin

. ô* Unum excerpe quod concoquas. Hoc ipse quoque iausio* Lettre IL Yoy. Lettres XtV, LIX, etc.

tous sens quelque grave pensée d'Épicure, apprenant ainsi à Lucilius comment on peut profiter de ses lectures et s'édifier le cœur. • '

Tant de prescriptions sur la culture morale ne suffisent pas à la sollicitude si attentive de Sénèque. Ce n'est point Assez de recueillir l'éloquente parole des sages^ de se nourrir de bonnes pensées par la lecture, de s'en pénétrer par la méditation journalière. L'âme n'est pas encore assez protégée contre elle-même, puisque dans la retraite la plus philosophique les passions ne laissent pas de mettre notre vertu en péril et d'ébranler nos plus fortes résolutions. Ici nous rencontrons une recommandation dont l'extrême délicatesse prouve que certains philosophes anciens, dans leurs préceptes^ tenaient à ne rien oublier de ce qui peut assurer la perfection intérieure, augmenter la vigilance sur soi-même et faciliter le progrès moral. Sénèque engage son disciple à mettre, pour ainsi dire, son esprit sous la garde de quelque sage illustre des anciens jours, dont la mémoire vénérée devienne l'objet d'un culte, qui soit à la fois un exemplaire de vertu auquel on s'efforce de ressembler, et une sorte de témoin qu'on craint d'offenser. Faites-vous un portrait de son esprit et de son visage, vivez comme en la présence et sous le regard de ce surveillant invisible dont l'autorité sanctifiera vos plus secrètes pensées. Choisissez ainsi poiir modèle et pour gardien celui dont vous admirez le plus la conduite et les maximes, Gaton, par exemple; ou si son austérité effraye votre faiblesse, prenez Lélius ou tel autre dont vous préférez res|)rit plus doux et la vertu plus indulgente. Sans vouloir faire une comparaison forcée et profane, il nous semble que l'âme chrétienne qui se place sous la garde d'un saint honmie béatifié, qui en fait l'objet d'une dévotion particulière, gui se propose surtout de l'honorer en l'imitant, suit la

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rdoanoDrufflâatioD de SénèqMy ea.sifjoata&t, il est vrai^ à cette psatique froîàeBieiit rakonnable de la philosoptiie le soutien de la prière, et les délices d'un cammescemys*

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U serait étoonant que dasas^ces préceptes si nomLrmix sur la surveillance morale^ Sënèquei n'eût pas rencontré l'examen de conseienee^ N(»i*seulemeBt il le recommande,, mais il le défimt avec préeisio)i> et le peint avec complaisance, en homme qui trouve une singvJière douceur dans cette utile pratique. Selon lui^ ce qui noua perd, c'est que nous ne songeons jama^ k passer en revue no» actions. Lui-même nou» apprend qu'il ne manqua pas à ce devoir de chaq^ie jour, vantant le doiix« sommeil qu*il goûtait après cet examen scrupuleux qui soulageait son cœur. Il faut citer ce passage bien- connu, mais si plein d^effusion et de grâce morale^ qui nous permet d'sûUeurs de pénétrer dan» la vie intime du philosopheet d^assister à ses plus secrets sentiments : « Nous devons tous les jours appeler notre âme à rendre ses comptes. Ainsi faisait Seitius. Sa journée terminée, avant àe se livrer au repos de la nuit, il interrogeait son âme : De quel défaut t'es-tu aujourd'hm guérie? Quelle passion as- tu combattue? En quoi es-tu devenue meil^

1. Aliquem habeat animus, quem vereatur, cujus auctoritate eliam secretum suum sanctius faciat.... illum tibi semper ostende, vel custodem vel exemplum. Lettre XI. Voy. Lettres XXV, CIV.

Remarquons eu passant que ce précepte de la philosophie et de la religion peut être efficace aussi en littérature. Racine, qvA poursuivait la perfection de l'art comme d'autres aspirent à la perfection morale, avait imposé cette règle à sa conscience littéraire*: «De quel front oseiais-je me montrer, pour ainsi dire, aux yeur de ces grands hommes de l'antiquité que j'ai choisis pour modèles?... Voilà les vrais spectateurs que nous devons nous proposer; et nous dL\ons sans cesse nous demander : que- diraient Homère et Viïfile, s41s lisaient ces-vet»?' Quediiait Sophocle^ s^l vayait représeatei; cette.scèue? » Ptéf. da JBritannicus*

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DANS LBS LBTERBS DE SËNÈQUE. 7».

leniû?^. Qnoide plus beaa que cette hahituda de repAsser ainsâ toate sa.joitniée! Qael somioeil que œlni qui STLOcàde à cette revue de soi-même l Qu'il est calme, profond et libre^ lorsque Tftme a reçu ce qui lui revient d'élûge ou da blâme^ et que soumise à sa propre surveillajuû, &. sa propre censure, elle informe secrètement contre elle-même l Ainsi fais-je, et remplissant envers moi las fonctions de juge,, je me cite à mon tribunal. Quand on a emporté la lundère de ma chambre, que ma femme, par égard pour ma coutume, a fait silence, je commence une enquête sur toute ma journée, je reviens sur. toutes mes actions et mes paroles» Je ne me dissimule rien, je ne me passe rien. Eh! pourquoi craindrais-je d'envisager une seule de mes fautes, quand je puis me dire : Prends garde de recommencer, pour aujourd'hui je te pardonne ^ » Quelle attention sur soi-même, quel accent de joie paisible et quelle gravité charmante diuis cette confidence I Outre la beauté morale de ces scrupules, on aime à contempler ce tableau domestique où un philosophe païen en face de lui-même, à côté de sa femme silencieuse, se confesse avec sincérité, s'absout à condition de ne plus retomber dans les mêmes fautes, et se juge enfin, non point, il est vrai, avec la terreur religieuse d'une âme qui rend compte à Dieu, mais avec cette attention indulgente qu'un homme qui ne relève que de sa. conscience se doit à lui-même quand il ne veut pas se décourager dans la pratique du bien.

Sénèque n'est pas la premier auteur de ces préceptes, depuis longtemps recommandés par la philosophie. Tel de ces conseils a. été donné déjà, par Épicure, tel autre, nous venons de le voir, par Sextius. Nous le disons pour qu'on ne soit pas tenté d'attribuer à. de prétendus ..rap-

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