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ports de Sénèqne avec les premiers chrétiens cette sagesse qai peut paraître nouvelle. La gloire de Sénèque est d'avoir recueilli dans toutes les doctrines ces prescriptions éparses, d'en avoir compris Tutilité, d'en avoir fait usage pour lui-même, et, en les réunissant dans ses ouvrages comme il les pratiquait dans sa vie, d'avoir enrichi la science morale et l'art de conduire les âmes.
Dans cette comparaison de Sénèque avec les chrétiens, qui manque nécessairement de rigueur, puisque le dogme fondamental n'est pas le même, il ne faut pas vouloir énumérer toutes les ressemblances, de peur de soulever imprudemment des objections faciles et de for« cer par trop d'insistance la vérité du rapprochement. En pareille matière, la raison et le goût littéraire vous commandent également de ne pas entreprendre un parallèle trop exact, d'indiquer les rapports les plus frappants, en se gardant bien d'employer l'appareil d'une démonstration régulière qui risquerait fort de ne paraître qu'un laborieux paradoxe. Notre dessein, en effet, n'est pas de confondre la doctrine stoïque avec le christianisme, mais de montrer simplement que la philosophie, au temps de Sénèque, était devenue si pratique, si attentive aux besoins les plus délicats de l'âme, si amoureuse de perfection intérieure, que son enseignement, malgré la diversité des dogmes, mérite l'honneur d'être rapproché de la direction chrétienne. Aussi, sans vouloir épuiser notre sujet, nous nous bornerons à signaler rapidement quel- ' ques points de ressemblance, ne fût-ce que pour éviter le reproche de les avoir omis.
On pourrait inscrire en tête de bien des lettres de Sénèque à Lucilius les titres que présentent souvent les lettres spiritiielks de nos directeurs, sur le bon emploi ^ du temps, sur les occasions et les tentations, sur la présence de Dieu, sur la mauvaise honte, sur les converiFions
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lâches, sur la persévérance et rimpénîtence finale, sur les maux attachés k un état de graiideur, sur la solide gloire, sur la préparation k la mort pour la rendre digne et courageuse. Il est arrivé plus d'une fois que des âmes chrétiennes un peu simples, peu versées dans la connaissance de rhistoire et des doctrines, ont trouvé dans certaines lettres de Sénèque un sujet d'édification et un aliment k leur piété, sans même soupçonner qu'elles étaient en commerce criminel avec un païen.
De pareilles méprises sont naturelles quand les sujets, le langage, l'accent contribuent également k l'illusion. Il n'est pas jusqu'k l'orgueil stoïque qui ne disparaisse quelquefois pour faire place k une résignation confiante et k une touchante humilité. Ainsi, sur les misères de la vie, Sénèque enseigne k se soumettre à la volonté de Dieu. La vie est rude, pleine de disgrâces, non est delicota res vivere; dans ce chemin pénible tout homme chancelle, fléchit et tombe ; mais on doit supporter sans murmurer les nécessités de sa condition, recevoir les ordres de Dieu et s'abandonner k lui^. C'est dans cet esprit qu'il adresse k Lucilius malade une lettre sur le bon usage des maladies, où il montre que les souffrances sont une épreuve et une gloire pour la vertu*. Lui-même il donne l'exemple et se fait un honneur non pas seulement d'obéir k Dieu qui lui envoie ses maux^ mais d'acquiescer k ses ordres rigoureux, sans tristesse, du fond de son cœur', disant comme Fénelon, avec une confiance moins
1. Optimum est, pati quod emendare non possis; et deum, quo auctore cuncta proveniunt, sine murmuratione comitari... hic est magnus animus qui se deo tradidit. Lettre CYIL
2. Est, mihi crede, virtuti etiam in lectulo locus.... o quam magna erat gloriae materia^ si spectaremus aegri. Le^re LXXVIII.
3. Non pareo Deo, sed assentior ; ex animo illum, non quia necesse est, sequor. Nihil unquam mihi incidet, quod tristis ezcipiam, quod malo vultu. Lettre XGVI.
/éloquente sans doute : « Je baise la mam qai nCéeroÊétt f adore le bras quiim frappe^. »
JKon moins sévère que les Pères de l'Ëglke et les deeteurs modernes^ Sénèque condamne les spectacles, qui; pour lui, sont la perte des mœurs. Il montre que dans ces représentations périlleuses le vice se coule dans les cœurs sous des formes aimables, et que le théâtre développe en nous tous les germes de Tavarice, de l'ambition, de la concupiscence, de la cruauté, prévenant ainsi Nicole et Bossuet, dont les Maximes et réflexions sur la comédie ne font que présenter sur toutes ses faces la pensée du etoïcien ^.
Sans parler de beaucoup d'autres ressemblances qu'il y aurait un scrupule puéril à vouloir relever trop curieusement, on pourrait montrer Sénèque écrivant des lettres de consolation, faisant dans son traité des Bienfaits un recueil de cas de conscience sur la bienfaisance, et dirigeant contre les stoïciens relâchés qui levaient les scrupules avec des distinctions corruptrices, une sorte de lettre provinciale^.
Le stoïcisme avait ses faux adeptes, qui affectaient d'en pratiquer les austères maximes, et ses sophistes, qui essayaient d'en faire fléchir les principes. Les doctrines philosophiques ne sont pas plus que les religionsexemptes de ce mal inévitable dont ni les unes ni les autres ne