‹ Les moralistes sous l'empire romain; philosophes et poètesChapitre 6 sur 143 · VI PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

figure saint Paul prêchant dans Athènes au temps de PériclèSy à Rome, àTépoque des guerres puniques et de Caton l'ancien, n'est-il pas évident que le ptflriotisme encore ardent, la religion païenne solidement établie, Torgueil intraitable d'une société élégante ou forte, satisfaite d'elle-même, auraient repoussé l'étranger sans se laisser entamer? Sous l'empire, laluUe devait être vive encore, tristement sanglante, mais du moins Théroïsme chrétien pouvait espérer la victoire. Mais ce sont là de bien grandes questions à propos d'un livre plus descriptif que dogmatique, où noujs avons voulu peindre tout simplement l'état des esprits et des Ames sous l'empire romain. Il n'est pas entré dans notre dessein de faire l'exposition philosophique des doctrines et des systèmes, qui a été faite souvent dans ces derniers temps avec beaucoup de science et d'autorité. Seulement il nous a paru qu'on pouvait dire quelque chose qui ne fût pas sans nouveauté sur les caractères pratiques de la philosophie à cette époque, sur la propagande intime ou populaire des idées morales, sur ce que les anciens appelaient la parénétique et que les chrétiens ont appelé la prédication et la direction de conscience. Sénèque, Perse, Dion Chrysostome, Épictète et Marc-Aurèle font entendre les divers accents de ce stoïcisme prêcheur, tandis que Juvénal et Lucien, en découvrant l'état social, politique et religieux du monde ancien, font comprendre pourquoi cette noble philosophie a été impuissante. Ce livre ne renferme donc qu'une suite de tableaux sur la société romaine, que nous avons tâché de rendre clairs et simples. Nous en avons écarté tout appareil d'érudition. A force d'écrire pour les seuls

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savants, on a fait de la philosophie et de la liUératurc antiques une sorte de domaine réservé, interdit aux profanes. Comme la connaissance des idées morales et de leur histoire nous parait convenir à tout le monde, et comme il est possible d'être exact sans être trop didactique, nous avons renoncé aux dissertations spéciales, qui souvent ne sont utiles qu'à quelquesuns et qui rebutent le grand nombre.

Nous croirions n'avoir pas perdu n;!Hre peine si nous inspirions à quelques personnes peu familiarisées avec l'antiquité le désir de lire ces beaux livres de morale que nous examinons. Elles y trouveraient un sujet d'étonnement, peut-être naôme d'édification. Je sais bien qu'aujourd'hui la faveur n'est plus à ces méditations morales où se plaisaient nos pères au dix* septième siècle surtout, alors qu'on se nourrissait de Sénèque et de Marc-Aurèle aussi bien que de Nicole. Aujourd'hui les dispositions des esprits ne sont plus les mêmes. Les uns trouvent que les traités de morale chrétienne, si fort goûtés autrefois, ne sont plus faits pour notre temps; les autres estiment que la morale païenne est fausse et dangereuse. Les attaques se croisent et vont discréditant la littérature religieuse et la sagesse profane. Je ne sais ce que le monde y gagnera quand on lui aura souvent répété qu'il ne faut écouter ni les saints, ni les philosophes. Les indifférents seront les seuls sages. Bernardin de Saint- Pierre raconte qu'un écrivain disait un jour à J. J. Rousseau qu'il s'occupait du projet de démontrer la fausseté des vertus des grands hommes du paganisme, en représâille de •ce que les philosophes modernes attaquaient celles des grands hommes du christia-

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nisme, « Vous allez lendre, lui dit Rousseau, un grand service au genre humain ! il va se trouver entre la religion et la philosophie comme ce vieillard dont deux femmes de différents Ages se disputaient le cœur; elles dépouillèrent sa tête. »

Pour nouS; nous croyons mieux servir la morale en montrant que les grands esprits de tous les temps peuvent être rapprochés et se donner la main, et qu'ils sont le plus souvent d'accord sur la nature de nos devoirs et sur les grands problèmes de la vie. Ce travail, nous l'avons fait surtout pour nous-même et pour notre propre satisfaction. Aussi, de quelque ma* uière qu'on le juge d'ailleurs, nous espérons qu'on le trouvera honnête et sincère; car en offrant ce livre ^u lecteur nous lui dirions volontiers avec Sénèque : Hoc unum plane tibi approbare vellem omnia me illa sentire quœ dicerem, nec tantum sentire, sed amare»

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LES

Les philosophes à Rome.

Chez les anciens, la philosophie morale n'était pas, comme de nos jours , une simple analyse du cœur humain. Les philosophes, et en particulier les stoïciens, qui s'attachaient surtout à la morale, agissaient directement sur les mœurs par un enseignement familier dont la gravité avait quelque chose de religieux. Les prêtres du paganisme, qui n'étaient, pour ainsi dire, que des officiers du culte, n^enseignaient pas, et se bornaient à présider aux cérémonies. Comment auraient-ils pu don-

ner une instruction morale sans renier Jupiter, Vénus et tous leurs dieux? Au contraîrey depuis rétablissement du christianisme, la religion seule s'occupe des âmes, tandis que la philosophie n'a qu'une influence indirecte sur les niiosars, en pénétrant peu à peu dans la légî^ation, dans la politiqa», «n «a mot, en formaiit T'ospht public.

A Rome, surtout, où la philosophie devint plus pratique en s'accommedant nu csonttère romain, les sages ne se contentaient pas de donner au public le fruit de leurs spéculations, mais le plus souvent ils s'attachaient des disciples pour les former à la vertu. Les plus illustres vivaient dans les grandes maisons, devenaient les conseillers de la famille, surveillaient l'éducation des enfants; et nous voyons, par maint tânoignage, que leur autorité n'était pas stérile. Les plus grands honmies de la république emmenaient avec eux, en voyage, à l'armée, dans les provinces, un philosophe qui devenait leur ami, et qui, par ses discours, tempérait la sévérité romaine. C'est par ce commerce journalier avec de graves philosophes que se sont formées les plus grandes âmes, Scipion et LélioB, < ées hommes divins redevables de leurs vertus à la philosophie autant qu'il leur beau na« tureP ; » Brutus, qui y puisa cette douceur de caractère qu'il ne démentit que pour céder aux obsessions de ses amis politiques; (Scéron, qui passa toute sa jeunesse sous la direction morale d'un stoïcien fameux; Gaton^ qui mérita de devenir le plus beau modèle du Portique; sans parler d'Auguste, qui logeait dans son palais Athénodore de Tarse, et dont l'autorité devint plus douce quand il eut pris ce philosophe pour conseiller.

On voit, par ces exemples^ que ces philosophes rôs-

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