ÉPICTÈTE
Si nous ne posBédons plus aujourd'hui les discours de ces philosophes orateurs tels que les deux Sestins, Attalus, Fabianus et tant d'aalres qui, dans leur école, par des exhortations véhémentes ou familières exaltaient les amas «t rëvsillaieat les conecienoeB, si toute cette prédication orale qui eerait pour nous si curieus* et qu'on est en droit d'^peler l'éloquence de k chaire . pro^e, ne nous est plus connue qne par de ooorla &agments et par les témoignages d'admiration dn auditaoTB, nous retrodrons du moins lit substance de cet enseignement pratique dans les omxages de Sénèqua, dans les Aseours résumés â'£]^t&t« «t dms le livre de Marc- Aurële où l'empereur philosophe fait si noblement «on
examen de conscience et se proche lui-même. Ces trois plus illustres représentants du stoïcisme romain nous font voir successivement les grands caractères de cette doctrine morale ou plutôt de cette religion philosophique. Car, quelle que soit la fixité d'une doctrine, elle ne laisse pas d'être transformée par le génie de ceux qui l'enseignent. Le dogme peut rester le même tandis que l'accent change. Telle partie du dogme prend plus d'importance, telle autre s'efface et reste dans un demi-jour. L'immutabilité du christianisme n'empêche pas qu'il n'y ait une grande différence entre la sévérité de Pascal, la hauteur de Bossuet et les subtiles douceurs de Fénelon. A plus forte raison, dans une doctrine purement humaine doit-on rencontrer de ces changements qui, sans attaquer la permanence des principes, prouvent seulement la diversité des caractères et des temps. Ainsi Sénèque, Épictète et Marc-Aurèle prêchent la même morale, chacun avep une éloquence nouvelle, mais non pas avec la même autorité ^
Celui qui manque le plus de cette autorité, qui est une si grande force dans l'enseignement de la morale pratique, c'est le ministre de Néron. Nous ne voulons pas retirer à Sénèque les éloges qu'il mérite et que nous lui avons donnés. Kous croyons qu'il a aimé la philoso-
1. Si notre dessein était d'exposor les dogmes et les formules du Portique , nous devrions réserver dans notre livre la plus grande place à Ëpictète qui est le plus rigcureux et le plus conséquent des stoïciens. Mais par cela même que sa doctrine est homogèoe, que sa vie est conforme à sa doctrine et que ce personnage est tout d'une pièce, une simple esquisse suffit. Pour éviter des redites sur le stoïcisme professé par Sénèque, par Perse et que nous retrouvons encore dans Marc-Aurèle, nous ne consacrons qu'un très-court chapitre à Ëpictète dont les sentiments droits et fermes, sans fluctuations et sans nuances, peuvent se peindre en quelques traits.
phîe, qn'il Ta propagée avec autant d'ardeur que d'esprit; qu'il n'a pas simplement cherché dans la morale, comme on l'en accuse, un amusement et une matière à de beaux discours, mais qu'il s'est enchanté lui-même de ses nobles maximes et qu'il a fait plus d'efforts qu'on ne pense pour les pratiquer. Cependant il a été plutôt un amateur de la vertu qu'un homme vertueux. Il ressemble un peu trop à ces riches de l'époque qui, dans leur somptueux palais, se ménageaient une simple retraite, une chambre sans luxe, sans ornements, pourvue à peine de quelques meubles nécessaires, où ils se retiraient à de certains jours pour y faire un chétif repas dans de la vaisselle d'argile, pour coucher sur un grabat, essayant ainsi de donner le change au dégoût et à la tristesse de l'opulence. C'est dans une semblable retraite, dans ce qu'on appelait alors la Chambre du pauvre, que Sénèque semble avoir composé ses livres austères. Ses réflexions sur la vanité des grandeurs, bien que sincères, seront toujours suspectes, parce que la malignité, qui aime à relever les contradictions entre la conduite et les maximes d'un philosophe, trouve dans la vie de Sénèque une matière qui prête à l'épigramme. S'il avait été disciple de Platon, au lieu d'être celui de Zenon, on n'aurait pas trouvé assez de louanges pour ce grand seigneur qui, au comble de la puissance et dans une cour impure, faisait les honneurs à la philosophie* Le malheur de Sénèque est d'être stoïcien et d'appartenir à une doctrine c[ui prêche le renoncement ; aussi, quand on parle de lui, on est toujours obligé de faire des réserves et, avant de l'admirer, il faut le défendre. C'est assez dire pourquoi, malgré sa profonde connaissance du cœur humain, sa singulière pénétration morale et la chaleur de son prosélytisme, il manque de crédit et d'autorité.
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Épictète, au contraire, fat aussi stoïque dans sa vie que. dans ses discours. Longtemps esclave, pauvre toujours, il eut le droit de vanter la pauvreté. Quand on l'entend mépriser les honneurs, les richesses, la gloire, on le croit sur parole., tant son courage est simple, ferme et paraît au-dessus des tentations. Les rigueurs du Portique n'avaient rien qui pût effrayer un homme accoutumé déjà à toutes les privations. Son héroïsme moral s'âLève sans effort à la hauteur de ses maximes. Le peu que nous savons de sa vie semble emprunté & la légende des saints, et Fadmiration qull excita parmi les païens tient du culte. Né en Phrygie dans le premîear siècle de l'ère chrétienne, on le trouve à Rome du temps de Néron, où il devient dans sa jeunesse l'esclave d'un affranchi de I empereur. On raconte que son maître brutal se donna le plaisir de tordre la jambe de son esclave dans un instrument de torture, et qu'Épictète lui dit tranquillement : c Vous allez me la casser. » Le msdtre ayant persisté dans ce jeu cruel, et la jambe étant rompue, le philosophe se contenta d'ajouter : « Je vous l'avais bien dit. » Ce trait d'insensibilité stoïque fut tellement admiré que plus tard Gelse, le plus intraitable adversaire du christianisme, osait apostropher ainsi les chrétiens : « Est-ce que votre Christ, au milieu de son supplice, a jamais rien dit de si beau? » A quoi Origène repartit simplement : « Notre Dieu n'a rien dit, et cela est encore plus beau. > Quoi qu'il en soit de cette histoire, qu^elle soit vraie oru arrangée par des admirateurs d'Epictëte, il est certain que le philosophe resta boiteux toute sa vie. Ayant obtenu plus tard la liberté, il vécut à Rome dans une petite maison délabrée qui n'avait point de porte et qui ne. renfermait qu'une table et une couchette. Il vécut seul la plus grande partie de sa vie, et sir Suit par prendre à son service une
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pauvre femme, ce fut pour confier à ses soins un enfant abandonne qu'il avait recueilli. Lorsque Domitien chassa les philosophes de Rome, Ëpictète, retiré en Épire, supporta l'exil avec la bonne grâce d'un stoïcien qui trouve partout sa patrie et se considère comme citoyen du monde. Pendant sa vie, il fut honoré, malgré son indigence, pour la pureté de ses mœurs et la sagesse de son enseignemeut; après sa mort, il fut célébré comme le plus sage des hommes. On lui composa cette épitaphe, oti on le fait parler lui-même : < Je suis Épictète, l'esclave,, le boiteux, le pauvre» mais cher aux dieux. » Un riche amateur acheta sa lampe de terre trois mille drachmes, et cette lampe, qui avait éclairé les veilles de la pauvreté, devint le précieux ornement d'une demeure opulente. Il n'est pas inutile de rapporter dans leur naïveté instructive ces témoignages de l'admiration contemporaine et de la dévotion philosophique. Il semble que ce sage, fidèle jusqu'au bout à ses maximes de renoncement, ait voulu dérober même son nom à la postérité. Ge nom d'Ëpictète n'est pas le sien, ce n'est qu'un adjectif qui signifie esclave» De plus, il paraît n'avoir rien publié. Épictète n'a pas même songé à la gloire^ et ces beUes leçons de courage» qu'il prodiguait dans ses entretiens particidiera et ses leçons publiques seraient aujourd'hui ignorées, si elles n'avaient pas été recueillies par la recoimaissance d'un disciple. ;
Quand on connaît déjà le fond de la doctrine stoïdeime^ on peut se figurer quelles doivent être les maximes d'un tel homme. « Supporte et abstiens-toi. » Voilà toute sa philosophie. Supporte les disgrâces, les malheurs et tout ce qui ~peut troubler ton cœur. Nos sentiments, nos pensées, nos actions sont, pour ainsi dire, sous notre ^j
main^ nous pouvons les régler à notre gré : les biens^ ^^^
les honneurs et toutes les choses extérieures, il faut j
renoncer tout d'abord. En circonscrivant ainsi le champ de la lutte, il est sûr de n'être point vaincu. Mépriser d'avance tout ce qui peut nous échapper est la seule manière de ne trouver pas de mécompte. Il ne se laisse pas tenter^ comme Sénèque, par la richesse et la puissauce. En ne désirant rien, il n'aura rien non plus h regretter. Aussi; comme il s'est mis entièrement hors de prise du côté delà fortune, il n'a pas besoin de lutter avec elle ; il ne lui dira pas d'injures, il ne la provoquera pas, il ne la mettra pas au défi, selon la coutume des stoïciens, qui déclament parce qu'ils sont mal assurés dans leur foi. Son langage sera toujours ferme, net, résolu, comme celui d'un soldat qui se sent inexpugnable ou décidé à périr, si on le force dans le refuge sacré de sa liberté intérieure.
Cependant, bien que le style d'Épictète soit simple et d'une nudité athlétique qui sied bien à cette morale militante, on y rencontre çk et là des images frappantes qui saisissent l'esprit et donnent un vif éclat à ces solides pensées. Il a le langage populaire, incisif et pittoresque. IDes comparaisons tirées de la vie commune révèfliit une certaine originalité plébéienne. Mais son imagination est tout entière au service du raisonnement, ses métaphores ne sont que des démonstrations, et ses allégories même ont la précision de la pure logique. Sa parole, libre comme son âme, affranchie des élégances convenues, ne dédaigne pas d'employer les expressions vulgaires, empiTuntées aux carrefours, et saisit parfois avec plaisir quelque mot trivial pour en accabler les objets de son mépris. Mais oii paraît surtout la foi intrépide de ce prêcheur obstiné, c'est dans cette dialectique tranchante où il lutte avec les passions, oii il les interroge, les fait répondre et les confond en quelques mots souvent sublimes. L'héroïsme stoïque y éclate en dialogues cornéliens.
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Ce Socrate sans grâce ne 8*anmse pas k faire tomber mollement nn adversaire dans les longs filets d'une dialectique captieuse, il le saisit brusquement et l'achève en deux coups. On peut appliquer à cette éloquence le mot de Démosthène sur celle de Phocion : c C'est la hache qui se lève et retombe. »
Cette doctrine et ce langage ne pèchent que par un excès de force. Comme Ta dit Pascal : « Êpictète connaît la grandeur de l'homme, il n'en connaît pas la faiblesse. » De là cette proscription impitayable des sentiments les plus légitimas. Il n'est point permis de pleurer la perte de ses amis, de sa femme, de son enfant; il faut étouffer en soi la compassion et ne pas se laisser toucher par le malheur d*autrui. Hâtons-nous d'ajouter que ces maximes ne sont pas celles de l'égoïsme qui défend sa quiétude, mais de la prudence philosophique qui craint de compromettre l'invulnérabilité de l'âme. Tant d'héroïsme pourtant nous impatiente, et chacun est tout pr^t à refuser sa sympathie à celui qui vous interdit la pitié : aussi ne pouvons-nous souscrire à l'opinion de ceux qui trouvent qu'Épictète a moins de roideur que Sénèque, qui lui reconnaissent un air plus affectueux et plus humain. Pour nous, nous préférons à cette dureté systématique les inconséquences de Sénèque, qui, après avoir prôné l'impassibilité, nous confie qu'il a versé sur son ami Sérénus des larmes réprouvées par la philosophie. Épictète assurément n'aurait pas tenu à passer pour un homme qui s'attendrît. Là n'est pas son ambition ni sa gloire. Il lui importe peu d'être aimable, pourvu qu'il assure par tous les moyens l'indépendance de son âme et la victoire de sa volonté. Sa morale de renoncement absolu est celle d'un pauvre, ^'un esclave, d'un exilé, d'un infirme, d'un solitaire enfin qui n'a ni bien ni ûunille, et qui par son dénûment volontaire a mis la
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fortune dans l'impuissance de lui nuire. Ses maximes sont d'un anachorète païen, et Ton pourrait appeler sa doctrine de l'ascétisme stoïque.
Le livre le plus connu d'Ëpictète, le ManvUy ne fait pas connaître entièrement le caractère, Tesprit et le grand cœur de ce moraliste convaincu qui fut Thonneur du stoïcisme romain, son plus fidèle interprète et le plus bel exemplaire de ses vertus. Ces préceptes concis, condensés dans nne sorte de mémento, ont quelque chose de dur et de choquant dans leur brièveté impératîve. La raison stoïcienne y proclame ses lois avec une impassibilité peu humaine, impose silence à toutes les passions, même au:^plus respectables, se fait gloire de les tuer sans entrer avec elles en accommodement, et semble même vouloir réprimer les plus légitimes mouvements d'une sensibilité généreuse. A lire oes maximes rigoureuses, on est tenté de croire que ce moraliste législateur de la cité stoïque n'a pas d'entrailles, et, si on n'avait l'esprit touché par l'originale sincérité de ce langage, on ne verrait dans ce style lapidaire que les préceptes convenus d'un système chimérique ou les gageures d'une perfection impossible.
Les Entretiens*^ recueillis par Arrien de la bouche même d'Épictète complètent le Manuel et l'expliquent. Ils nous font voir le moraliste de plus près, plus au naturel, dans la familiarité de ses conversations philosophiques avec ses amis et ses disciples. Au lieu d'imposer des lois comme dans le Manuel^ il discute, il cherche à persuader. Les plus dures pensées s'étendent dans ces libres improvisations, s'amollissent pour ne pas blesser
1. Nous recommandons rezcellente traduction de M. Ck)iirdaveaux^qui reproduit souvent avec bonheur Ténergique simplicité d'Spictète.
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et se fonflent parfois pour mieux se répandre. Une^viirQ sollicitude pour le progrès moral de ses auditeurs, une certaine condescendance pour les faiblesses humaines tempèrent les rigueurs de la doctrine. En lisant les £n* tretiens on est tout étonné et charmé de se trouver en face d'un homme, quand jusque-là on n'avait contemplé dan&le Manuel que la statue en marbre ou en bronze d& Tidéal stoïcien.
A vrai dire, les Entretiens ne sont pas autre chose qu'une prédication morale, tantôt élevée, tantôt familière, selon lesxiirconstances, et accommodée aux besoins de ceux qui ont recours à la sagesse du maître. Si le livre renferme un certain nombre de dissertations didactiques sur des points de doctrine, le plus souvent on y voit que le philosophe s'occupe, comme il le dit luimême, à rehausser le cœur de ses disciples, ou bien encore à écteirer des inconnus qui lui proposent un«cas de conscience.. Tel discours n'est qu'une réponse à une de ces consultations morales, tel autre un appel >à la dignité humaine et une exhortation à la vertu, tel autre une méditation éloquente sur la Providence, sur Dieu, sur les devoirs qu'il nous impose; véritables sermons qui annoncent et préparent l'éloquence chrétienne, où. l'orateur, malgré la diversité des principes et des doctrines, traite souvent les mêmes sujets que nos prédicateurs, avec un zèle pareil de propagande, seulement avec la jactance de l'école et les brusqueries parfois peu charitables de la dialectique stoïcienne.
Pour montrer combien est sublime l'idée que s'était formée de la prédication philosophique ce noble esprit et ce vaillant homme, il faut citer quelques fragments d'un discours oh, en lignes heurtées mais d'une énergie sans pareille, il esquisse le portrait du philosophe prêcheur^ portrait familier et vivant qui peut-être nous offre sa pro^
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pre image. Personne dans l'antiquité n'a jamais affirmé avec cette décision et cette grandeur simple que l'enseignement de la morale doit être un apostolat. Je ne sais si, même de nos jours, on pourrait mieux définir le rôle du missionnaire chrétien. Â un jeune homme qui vient lui demander conseil et se propose de se consacrer à la propagande hardie et populaire telle que la comprenaient les sages de l'écolp cynique, Épictète trace ses devoirs en des termes qui méritent tous d'être mé • dites : « Examinons, lui dit-il, la chose à loisir. Mais sache tout d'abord que quiconque s'engage dans une si grande entreprise sans l'aide de Dieu devient l'objet de la colère divine, et qu'il ne fera rien que se couvrir de honte aux yeux de tous. » Avant tout, selon Épictète, il faut que le futur précepteur du genre humain* s'entreprenne lui-même, éteigne en lui ses passions, se purifie et se dise : « Mon âme est la matière que je « dois travailler, comme le charpentier le bois, comme le cordonnier le cuir.... » Ainsi préparé, il doit savoir encore qu'il est un envoyé de Jupiter auprès des hommes. Il faut qu'il prêche d'exemple et qu'aux pauvres, aux déshérités qui se plaignent de leur sort, il puisse dire : c Regardez-moi, comme vous je suis sans patrie, sans maison, sans bien, sans esclaves; je couche sur la terre; je n'ai ni femme, ni enfant; je n'ai q\ie la terre, le ciel et un manteau. » Puis, avec une énergie croissante, du ton le plus résolu, avec une trivialité qui ajoute quelque chose à la grandeur des pensées^ il continue : c Prends conseil de Dieu, et s'il t'encourage dans ton entreprise, sache qu'il veut te voir grand ou roué de coups; car n'oublions pas ce petit détail : il est dans l'ordre que notre philosophe smt battu comme un âne^ et il
•1. *0 ?raiSeuT^c ô xoivè;.
faut que, battu, il aime ceux-là mêmes qui le battent, en père et en frère de tous les hommes ^ »
. Chose surprenante 1 Ëpictète va jusqu'à imposer à son philosophe le célibat, et donne des raisons qu'on peut faire valoir encore en faveur du célibat des prêtres : c Ne faut-il pas qu'il soit tout entier à son divin ministère*? Ne faut-il pas qu'il puisse traiter librement avec les hommes, sans être asservi à ces obligations vulgaires, sans être empêché par ces bienséances mondaines qu'il ne peut négliger qu'en perdant son titre d'honnête homme, qu'il ne peut respecter sans détruire en lui l'ambassadeur, le surveillant, le héraut envoyé par les dieux. Regardez : s'il est marié, le voici obligé de faire ceci ou cela pour son beau-père, le voici avec des de voira envers les autres parents de sa femme» envers sa femme ellemême. Désormais il est absorbé par le soin de ses malades, par l'argent à gagner.... Que devient, dès lors, celui qui doit surveiller tous les autres, époux et parents? celui qui doit voir quels sont ceux qui vivent bien avec leur femme, qui vivent mal, quelles sont les familles heureuses ou troublées ? celui qui doit aller partout' comme un médecin tâtant le pouls de tout le monde ? comment aura- 1- il ce loisir, si les devoirs ordinaires le tiennent à l'attache ? »
On ne manquait pas à Rome de faire, contre ce noble célibat, des objections qu*on fait encore aujourd'hui : Yotre philosophe, disait-on, ne contribuera pas à la conservation de la société. Épictète répliquait, avee. sa fougue et ses vives saillies : « Au nom du ciel, qui sont les plus utiles à l'humanité, de ceux qui y introduisent deux ou trois marmots au vilain petit museau, ou de ceux
1. Xal 5aip6|i.ivov 9tXeîv aCrcoù; toùç SaipovTaç , &; iraTÉpa 9cdvT(dv, d>ç àSeXçov. •