‹ Les moralistes sous l'empire romain; philosophes et poètesChapitre 73 sur 143 · Toû xoivDÛ nciTpit Omipini · texte numérisé non relu

Toû xoivDÛ nciTpit Omipini

LA VERTU STOlQUE. 107

sont sfis frèresi soa enfiints, en un mot, à sa famille T — Yoilà^ disait en terminant Épictète an jeune homme qnile consultait^ voilà sur quoi tu délibères. Et maintenimt^ si tu persistes,. deviens le serviteur de Dieu, mais vois d'aboid. si tu es bien préparé^. » Quelle morale et quelle éloquence ] Il faudrait lire tout le discours et se laisser emporter par cette parole saine, forte, libre et toute jaillissante q^ se répand en impatiences généreuses, en interrogations pressantes, où l'on sent partout comme la fureur de la vertu et de la piété, et oii la plénitude d'un grand coQur précipite en tumulte un torrent de saintes pensées.

Bien qu'Épictète comprenne et recommande avec ardeur les principeB généraux de la fraternité humaine, et qu'il s'élève avec le stoïcisme jusqu'à la conception d'une , espèce de charité, ce n'est point de ce côté qu'il laisse aller son cœur. C'est vers la Divinité que s'échappent les sentiments contenus et refoulés de cette âme en apparence insensible. Qaelle admiration pour l'ordre physique et moral de la nature, quelle obéissance à la raison immuable et étemelle, quel abandon à la Providence I Cet homme si froidement raisonnable se livre à des emportements lyriques quand il parle de Dieu, des ses dons, de l'indifférence des hommes pour ses bienfaits. Au milieu d*une lèçon^ ses pressantes démonstrations se changent en hymne et, après avoir célébré les louanges de la Divinité, il s'écrie en terminant, avec son accent populaire : c Eh bien I puisque vous êtes aveugles, vous le grajad nombre, ne fallait-il pas qu'il y eût quelqu'un q^i chantât pour tous l'hymne à la Divinité ? Que puisje^ faire, moi, vieux et boiteux, si ce n'est de chanter Dieu ? Si j'étais rossignol, je ferais le métier de rossignol,

1» Entretiens diÉpictètef liv. III, ch. xzn.

LA VERTU STOlQDE.

si j'étais cy^e, celui d'un cygne. Je suis un être raison* nalDle, il me faut chanter Dieu. Yoilk mon métier et je le fais. C'est mon rôle à moi, que je remplirai tant que je pourrai^ et je vous engage tous à chanter avec moi^ > Singulier changement qui s'est opéré dans les âmes ! le monde en détresse se tourne vers le ciel ; l'insensible stoïcisme a déjà des élans divins, et l'école est tout près de se transformer en temple de la prière.

Cette piété philosophique et cet abandon aux lois souveraines de la nature et de Dieu nous paraît la plus grande originalité des Entretiens. Le progrès moral e^t évident, et l'âme d'Épictète, dans ces belles méditations sur la Providence, est soulevée par un souffle nouveau répandu dans le monde. Nous ne dirons pas pourtant que ce livre est le dernier mot du stoïcisme. Cette belle et fîère doctrine saura prendre bientôt un langage plus modeste et plus touchant. Dans le livre de Marc-Aurèloi la résignation est encore plus humble et plus pleine d'à-bandon. Il semble que la philosophie païenne, moins altière , se rapproche de plus en plus du christiam'sme qu'elle ignore ou qu'elle méconnaît, et soit prête à se jeter entre les bras du Dieu inconnu. Marc-Aurèle n'a plus rien de cette âpreté stoïque qui choque parfois dans les discours de ses devanciers. Il est doux, simple, aimable autant qu'un stoïcien peut l'être. Quelle délicatesse morale et quelle mansuétude dans cet examen de conscience d'un souverain philosophe I Ses pensées sur la résignation, sur la tranquillité qu'il faut conserver dans la contemplation de notre faiblesse 'et de notre fragilité, sont d'une mélancolie virile qui vous pénètre et vous charme tout en vous troublant. Il garde dans ces

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