Disc. XXXIL
pas confondu avec des sophistes avides et vaniteux, définit son rôle avec une simpliciténohle et courageuse en disant à cette populace impatiente qui le harcèle de ses quolibets : c Ëcoutez-moi, vous ne trouvez pas tous les jours un homme qui vous apporte de libres vérités avec un cœur pur et sincère, sans souci, ni de gloire, ni d'argent, sans autre mobile que sa bienveillance et sa sollicitude pour autrui, et résolu à supporter s'il le faut, les moqueries, le tumulte, les clameurs du peuple ^. » Cependant, quelles que soient la fermeté et la modestie de cet orateur philosophe, nous ne w)udrions pas exagérer sa valeur. U reste encore en lui quelque chose du sophiste, et, malgré sa conversion éclatante, il n'a pas entièrement dépouillé le vieil homme. On lèsent au luxe de son style et à Tabondance souvent stérile de ses préceptes moraux, qui ne sont pas soutenus par une forte doctrine et qui partent plutôt de sa mémoire que de son cœur. Ce qui nous intéresse en lui, ce que nous avons voulu mettre en lumière, ce n*est point son talent, ni sa philosophie, mais ce rôle singulier de sermonnaire païen. Bien qu'on doive blâmer ces jeux de la parole que nous avons décrits, et qu'il soit permis de dédaigner la faiblesse inefficace dé la morale populaire à cette époque, il faut se garder d'être trop sévère, et rendre justice même aux sophistes. La bizarrerie de leurs mœurs, leurs vices et leurs ridicules ne nous feront pas oublier qu'ils ont propagé la culture littéraire, entretenu l'amour du beau langage, recommandé l'étude des modèles qu'ils savaient mieux admirer qu'imiter. Gomme il ne leur était plus donné d'être de véritables orateurs, ils furent du moins de bons maîtres de rhétorique et de philosophie. Entre l'éloquence politique des républiques tjk»