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ciennes, qui n'était plus, et l'éloquence religieuse, qui n'était pas encore, ils ont été des intermédiaires utiles en transmettant de l'une à l'autre les belles formes oratoires qui méritaient de ne pas périr. Sans doule ils ont fatigué la langue, mais, en la tourmentant, ils l'ont conservée. Que le christianisme vienne la mettre au service d^une doctrine, d'une foi et de nobles passions, elle reprendra sa vigueur et son accent. Bien plus, pendant que les plus frivoles de ces sophistes amusent les imaginations et empêchent le peuple d'oublier les plaisirs de l'esprit, les plus sérieux, tels que Dion, en répandant la morale, préparent la multitude à entendre des homélies. Enfin il est certaines habitudes de la sophistique qui ont contribué indirectement à la propagation du christianisme. Ces usages du discours public, ce droit pour le premier venu de prendre la parole dans les cirques, les théâtres, les assemblées, ce droit même de dire des injures au peuple, toutes ces libertés dont les païens avaient tant abusé, permettaient aux premiers- chrétiens de haranguer la foule sans l'étonner. On pouvait couvrir leurs discours de huées, railler la simplicité incomprise de leur éloquence, les traiter d'insensés et d^impies; mais enfin, grâce à l'usage établi, on les écoutait. Si les cœurs étaient encore fermés à la religion nouvelle, les oreilles étaient ouvertes.
Gomment ces libertés profanes de la rhétorique ont préparé la carrière à l'apostolat chrétien, nous le voyons parle plus illustre exemple. Quand saint Paul paraît dans Athènes, on s'empresse de le mener à Paréopage, sur la colline de Mars, non pas, comme on le répète à tort, pour le forcer à se défendre, mais au contraire pour que de ce lieu élevé tout le peuple puisse entendre l'éloquent étranger. On espère une belle fête oratoire et des nouveautés piquantes ; on prend l'apôtre pour un de
ces philosophes à figure austère, pauvres, errants, qui ne manquaient pas de passer par Athènes pour consacrer leur gloire devant les juges les plus délicats de Téloquence. Il est sollicité à publier sa doctrine, comme plus tard, aux jeux Olympiques, Dion Ghrysostome, malgré ses haillons, sera contraint par les instances du peuple à prononcer un discours sur les attributs de Jupiter. On écoute d'abord, non sans faveur, ce philosophe prêcheur de nouvelle espèce annonçant le Dieu inconnu avec une véhémence si peu étudiée; on parait même sensible à la beauté de ses divins emportements. Mais quand il vient k parler de la résurrection des morts, les assistants, désappointés, se moquent, et disent : c Que nous veut ce discoureur ? » Ainsi la plus belle des scènes chrétiennes n'a été pour les Athéniens qu'une représentation oratoire manquée*. A leurs yeux saint Paul n'était qu'un sophiste voyageur, de tous les sophistes le plus étrange *.
1. Les Actes des Apôtres (ch. xvn) présentent avec une Tive couleur historique môme le côté païen de ce tableau :