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I. Les vers suivants se Usent au-dessous de cette gravure

Puissions-nous longtems ^sic) encore Jouir de notre bonheur 1

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beaux jours du siècle. Les Arlequins et les Pierrots, les Colomhines et les Sylvie, tous les personnages transportés des scènes italiennes sur les nôtres, semblent avoir change' de noms et de vêtements. Ils

s'appellent Alexis ou Cidamant, et, déguisés en bergers, courtisent les Eglé, les Chloris ou les Lucile. Pour la dernière fois, Moreau saura les évoquer dans un décor à la Deshouliéres, leur donnant l'aspect d'êtres fictifs prêts à s'évanouir comme le caprice qui les a créés.

L'ensemble serait incomparable s'il l'avait achevé. Malheureusement, le caractère du chansonnier et l'humeur de l'artiste ne purent sympathi-

ser; ils se séparèrent au premier volume, à la suite d'une scène violente, et Le Douteux, Barbier, Saint-Quentin furent les continuateurs de

Fac-similé delà gravure exécutée parJ. M. Mureau le Jeune, en 1768, puur le lilre de l'Innocence Ju premier â^e en h'runce.

Moreau sans devenir ses émules. Veut-on connaître les titresde quelques romances ? Ce sont : le Portrait reconnu. Midi, le Ruisseau, la Toilette,

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la Fille obéissante, F Ombre d'Eglé, la Fille mal gardée, la Soirée de village, le Berger fidèle, la Foire de Gonesse, Plus de peur que de mal, les Quatre Coins, l'Ingénue.

Veut-on détacher presque au hasard quelques feuillets de ce poème ? Voici les Amours de Glycère et d'Alexis :

Ah! dit-il, un seul moment, Écoutez votre amant;

groupe idyllique, au seuil d'une chaumière enguirlandée de vigne, formé d'un jouvenceau implorant à genoux son pardon et d'une fillette le menaçant du doigt.

Voici la Dormeuse :

Ses )'cux sont ferme's au jour Comme son cœur à l'amour.

Un promeneur, égaré sous de grands arbres, s'avance sans bruit, les mains jointes, vers une jeune femme étendue sur un banc et sommeillant au pied d'une statue de l'Amour.

Dans le Déclin du jour, un pâtre attire sur son cœur une jeune bergère, lui indiquant une longue file de troupeaux qui suit un étroit sentier, à la tombée du crépuscule :

Vois-tu CCS coteaux noircir Et nos troupeaux se réunir ?

Citons encore le Départ de Lucile, qui, cheminant sur un àne, reçoit les adieux de deux villageois :

Il est donc vrai, Lucile, Vous quittez ce hameau.

La Sérénade :

Sommeille en paix, ma chère Annclte; Hélas! c'est pour moi seul que sont faits tous les maux.

La Fctc du Seigneur ' :

Puissions-nous longtemps encore Jouir de notre bonheur!

Qu'importe la banalité des vers ou la monotonie du répertoire, si Moreau y a puisé ses plus délicates inspirations?

Timidité des premiers aveux, ruses innocentes, délassements au bord des sources, récréations du village, danses autour des feux de joie, ne sont-ce point les sentiments fugitifs ou les éphémères incidents qui défraient invariablement les opérettes ou les romans? Nous retrouvons en même temps les accessoires de la comédie rustique succédant dans la faveur du jour aux pompeuses mises en scène du grand siècle. Toutefois, ces paysans aux houlettes enrubannées, aux chapeaux ornés de Heurs, conservent l'élégante tournure de figurines en biscuit de Sèvres, et ce goût apparent pour la naïveté est le suprême caprice d'un art las de raffinement et de convention, s'efforçant en vain de rajeunir.

Des thèmes champêtres de Labordc Ton peut rapprocher les Saisons, médiocre poème de Saint-Lambert, daté de 1775, et les chansons de Laujon, parues l'année suivante.

Moreau a accompagné le premier de ces deux ouvrages de quelques vignettes assez gracieuses, entre autres celle du Printemps, portant pour épigraphe :

Amour, charmant amour, la campagne est ton temple,

et cette scène intime où toute une famille, depuis l'aïeul jusqu'aux petits enfants, est groupée autour d'un berceau.

Les chansons de Laujon comprenaient deux séries, sous le titre de : A-propos de S9cidtd ex A-propos de la folie, ou encore : Chansons grotesques et grivoises. Parmi les illustrations que Moreau leur consacre, il a lui-même gravé, outre les frontispices, le cul-de-lampe de l'Abbé Muscambre. Notons aussi, pour les A-propos de la folie, cette mise en scène des plus piquantes, où il nous montre, devant un rideau de théâtre, la déconvenue du beau Léandre surpris aux genoux d'Isabelle par Cassandre et Pierrot.

Certains sujets extraits de ces volumes, la Foire dans un parc, la

I. Cette même gravure, reproduite sous le litre de la Rusicre de Saleiicy, est plus connue sous cette dernière désignation.

Plantation du mai, la Petite Diseuse de bonne aventure, sont au nombre des plus jolies vignettes signées de'Moreau. Dans le genre léger de la romance on peut dire qu'il n'a point'de maître; nul n'a su plus allègrement commenter quelque couplet, sachant au besoin relever, d'une pointe de sensibilité ou de malice sans amertume, ses compositions d'un goût impeccable.

LABBE MUSCAMBRE.

Fac-similé de la gravure exécutée par J. M. Moreau le Jeune, en 1776, d'aprîïs une de ses composilions.

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